Jeudi 10 juin 2010
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Chronique RCF du jeudi 3 juin 2010.
Bonjour,
Nous n’en avons pas entendu
beaucoup parlé en France mais au Malawi deux hommes vivant en couple ont été condamnés à 14 ans de prison. Heureusement, suite à des pressions internationales de l’Union Européenne, des
États-Unis et de l’ONU, le couple a été gracié par le président de la République de ce pays. Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, s’est dit heureux de cette grâce présidentielle et a surtout
demandé que cette loi qui condamne la vie en couple homosexuel puisse changer.
En Russie, dans la ville de Moscou,
il a fallu que des militants homosexuels jouent à cache-cache avec la police pour pouvoir déployer quelques instants un drapeau arc-en-ciel et demander le respect pour leur vie. Cinq petites
minutes de manifestation pour essayer de faire entendre leur différence. C’est bien du courage qu’il a fallu à ces militants.
Il y a quelques semaines le
Portugal a légalisé le mariage homosexuel. Le président a signé la loi, même s’il n’y était pas favorable ; mais il souhaitait ne pas créer trop de divisions. Catholique, il a respecté les
débats de son parlement et comme il était conscient que la loi serait revotée s’il la refusait, il l’a promulguée. C’est le 6ème pays européen à donner le droit au mariage aux
personnes de même sexe.
Ces évènements, à quelques semaines
d’intervalle, nous montrent les tensions que continuent de créer la situation de l’homosexualité dans notre monde. Selon les cultures, les courants religieux, les lois des pays, cette réalité qui
fait la vie d’hommes et de femmes est encore trop souvent rejetée. Combien de fois en dialoguant avec des hommes ou femmes homosexuelles, je les ia entendus me dire leur souffrance de ne pas être
aimés comme ils sont. Ils n’ont pas choisi leur orientation sexuelle et dans certains pays les lois les condamnent. La peine de mort est encore un châtiment possible, notamment en
Iran.
Dans l’Église catholique, beaucoup
de rejet s’exprime aussi. Dernièrement le numéro 2 du Vatican a fait un amalgame inadmissible entre l'homosexualité et la pédophilie. Pourtant l'Église, quand elle le veut, sait respecter
les personnes, leur dire l’amour inconditionnel que Jésus est venu manifester ; mais certains représentants doivent avoir peur et être bien mal à l’aise et expriment alors leur rejet,
oublient le respect dû à chaque être humain. Ce qui est différent fait toujours peur.
Je crois qu’inexorablement tous les
pays d’Europe devront adopter une législation respectant les mêmes droits pour tous les couples, quelle que soit leur orientation sexuelle. L’Église peut s’opposer, rejeter, cela se fera comme au
Portugal. Ce serait plus intéressant de formuler des paroles de respect, d’écoute, de compréhension. Cela serait plus évangélique. Sans compter que je connais des hommes ou des femmes homosexuels
qui vivent leur foi, qui cherchent à suivre comme tout disciple le chemin de Jésus, qui vivent une vraie relation intérieure à Dieu.
Dans les semaines qui viennent, des
« gay-prides » vont se vivre en France. Ne nous arrêtons pas à l’excentricité qui sera manifestée mais travaillons au respect de chacun dans toutes les dimensions de son être et
apprenons à vivre dans une vraie fraternité avec tous.
À la semaine
prochaine.
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Samedi 29 mai 2010
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Chronique RCF du jeudi 27 mai 2010.
Bonjour,
Je ne suis pas un lecteur
assidu des revues féminines. Je n’ai pas bien l’occasion de feuilleter cette presse destinée à la majorité de l’humanité : les femmes. Mais j’ai eu envie de lire les propositions de la revue
« Elle »[1] suite aux états généraux de la femme. J’ai donc été acheter cette revue pour 2 euros avec en couverture le beau sourire de Sophie
Marceau.
D’abord j’ai été frappé par
le peu de contenu rédactionnel. Le gros du travail de ce journal est un travail de maquettiste qui se doit de placer des pages de publicités. J’ai compté 103 pages de publicité sur 260 pages.
Sans compter les dizaines de pages de promotion déguisée. En effet, avec les diverses rubriques sur la mode, la beauté, les conseils pour rester mince, c’est de nouveau bien des publicités
camouflées pour tel ou tel produit miracle, pour garder la jeunesse éternelle ou rester dans la tendance de l’époque. Même les pages infos hebdo sont encore une occasion d’essayer de vendre les
dernières chaussures à la mode façon coquelicots. Il reste donc bien peu de pages pour le fond. Et d’ailleurs, la forme a l’air de contredire le fond. On nous dit par exemple, dans le courrier
des lectrices, qu’il ne faut pas craindre son apparence mais la revue entière est une hymne à la beauté des mannequins, à l’aspect extérieur. Cette revue semble vouloir, en organisant les états
généraux de la femme, refuser l’image de la femme objet, de la femme fatale, et proposer de dire la vraie vie des femmes d’aujourd’hui avec leur souci de garde, avec les tâches ménagères à
assumer, avec des responsabilités professionnelles. Mais la majorité des pages ramènent la femme à un esprit de consommation, de paraitre, de bling-bling. Dommage.
Mais j’en viens au fond avec
les 24 propositions Les tables rondes d’où surgissent ces propositions ont été organisées à Lille, Lyon, Marseille, Paris, Bondy. Aucune dans la Creuse où des femmes vivent, aucune dans l’espace
rural. Que de l’urbain. Mais bon, la majorité des femmes comme des Français vivent maintenant en ville. OK.
Beaucoup des revendications
exprimées sont légitimes. Par exemple, la rémunération égale à poste égal me semble une évidence. Apparemment, on en est loin. De même, la création de lieux d’accueil pour les femmes battues,
l’éducation au respect entre femme et homme. Le temps partiel est plus subi par les femmes et cela crée pour elles forcément des retraites plus petites, là aussi il est bon de dénoncer et
d’essayer d’agir. Je suis moins sûr que la déclaration fiscale séparée quand on est marié ou pacsé soit un vrai progrès et ne vienne pas encore distendre les liens existants. Certaines
propositions risquent de rester lettre morte comme l’allocation familiale dès le 1er enfant.
Au total, j’ai été assez
déçu des 24 propositions. Je vois des femmes qui ont besoin qu’on les respecte, qu’on leur donne une formation. Des femmes qui sont heureuses de ce qu’elles vivent même si bien sûr elles
aimeraient plus de soutien de la part des hommes. C’est notre attitude de chaque jour qui sera la plus importante pour faire bouger l’égalité de droit et que chaque femme, comme chaque homme, ait
toutes ses chances de décider de sa vie.
À la semaine
prochaine.
Stéphane Boyer
Samedi 22 mai 2010
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00:25
Chronique RCF du jeudi 20 mai 2010.
Bonjour,
C’est avec une
grande tristesse que j’ai appris le meurtre d’un jeune de nos quartiers de Chalon sur Saône. Un assassinat devant le centre commercial. Une violence incroyable qui a sidéré bien des habitants et
nous laisse sans voix. Des problèmes liés à la drogue sont évoqués. Nous savons bien que ce monde est sans pitié. Beaucoup de personnes viendront une fois encore stigmatiser les jeunes de ces
quartiers. Mais je crois vraiment cela injuste.
Quelques jours
avant le décès de ce jeune, un autre drame avait frappé notre département. Un notaire abattait un de ses collègues et se suicidait ensuite. Un différent qui là aussi les opposait et qui s’est
terminé dans le sang. Pourtant, et c’est tant mieux, tous les notaires ne seront pas stigmatisés et mal vus.
Quand on en arrive
à ces extrémités, on est face à l’échec. On sait que beaucoup de souffrances et de rancœurs vont s’exprimer ou rester enfermées dans les cœurs. Les membres des familles, les amis, vont porter
comme une cicatrice toute leur vie le départ brutal de ceux qu’ils aimaient. Jeune ou plus vieux, bien installé dans la vie ou encore en recherche de stabilité, ces deux vies ont été enlevées et
elles avaient chacune leurs valeurs, leurs talents, leurs amitiés. Je suis triste que la violence les ait emportées et j’aimerais que beaucoup comprennent qu’elle ne résout
rien.
Dans le même
temps, j’avais lundi soir une assemblée générale dans notre quartier. La régie de quartier, entreprise d’insertion professionnelle, présentait son bilan de l’année 2009. Elle a durant cette année
2009 donné du travail à 58 personnes pour 40 équivalents temps plein. Pour les salariés, la formation professionnelle a progressé et les crédits liés à ces formations ont augmenté de 150 %.
C’est un point important car toutes les personnes qui travaillent à la régie de quartier devront un jour rebondir vers d’autres entreprises qui leur permettront de trouver un emploi plus stable.
En ce sens, cinquante pour cent des personnes qui ont quitté la régie de quartier ont trouvé un autre emploi ou une formation qualifiante.
Pourquoi est-ce
que je souligne ce travail de la régie de quartier alors que quelques secondes avant je parlais de ces deux décès dramatiques ? Simplement pour dire qu’un quartier c’est au quotidien des
personnes engagées, des structures qui donnent du travail à des dizaines de personnes. Je sais qu’il y a la violence, les trafics, la pauvreté, mais en même temps, il y a du travail créé, des
salaires qui permettent à des familles de vivre, des relations saines qui construisent une vie simple et fraternelle.
Je ne cherche pas
à être angélique. Je veux juste défendre un peu ce quartier que j’aime et qui est trop souvent montré du doigt. Quand il y a des problèmes, beaucoup de médias l’appellent « le stade »
et quand il y a une inauguration, une exposition, une animation, une initiative, on l’appelle « Claudel-Bernanos ». Cela n’aide absolument pas à saisir l’ensemble d’une vie de quartier
avec bien sûr ses limites mais aussi ses atouts. Je sais que les coups de feu font du bruit ; avec beaucoup d’autres personnes, nous allons continuer de donner des coups de mains aux uns et
aux autres pour construire une vie digne.
À la semaine
prochaine.
Samedi 8 mai 2010
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23:23
Chronique RCF du jeudi 6 mai 2010.
Bonjour,
Je voudrais vous parler du
Paris-Nice. Pas de la course à vélo, mais d’une marche originale qui va traverser nos villes de Chalon, Tournus, Mâcon. En effet, cent personnes, travaillant pour la plupart et payant leurs
impôts, sont parties de Paris le 1er mai dernier pour rejoindre le sommet des chefs d’états africains qui se tiendra le 1er juin à Nice. Des chefs d’états africains dont le pays a acquis l’indépendance, il y a cinquante ans, et qui vont venir fêter avec notre président de la
République cette nouvelle étape pour leur pays. Les marcheurs veulent leur demander de ne pas collaborer à la politique d’expulsion de notre gouvernement.
Nous allons devoir
accueillir tous ces marcheurs dimanche prochain. À 17 h 30, nous nous retrouverons au quartier du Stade à Chalon pour un temps d’échange avec eux. Les commerçants du quartier et en
particulier les cafetiers offriront un verre à tous les marcheurs. Nous écouterons leur témoignage de vie. Ils sont des milliers dans la région parisienne, à travailler dans le bâtiment, dans la
restauration, dans l’entretien, à être embauchés mais à n’avoir aucun droit. Quand on n’a pas de carte de séjour, pas de possibilité d’avoir un logement, pas d’aide de la CAF pour ceux qui ont
des enfants, pas le droit de demander la nationalité, pas de possibilité de voyager tranquillement en France mais aussi de retourner voir sa famille dans son pays d’origine. Et puis la peur au
quotidien d’être expulsés.
Si des migrants viennent
chez nous, c’est qu’ils fuient leur pays. Ce qui est important, ce serait de développer beaucoup d’initiatives pour apaiser les conflits qui éclatent un peu partout sur la planète. La guerre, les
conflits armés, sont une des grandes causes de migration. Nous n’y pensons pas beaucoup mais tout ce qui peut créer de la paix, atténuer les conflits, est bénéfique pour les populations. Il nous
faudrait mieux soutenir toutes les ONG qui essayent de travailler à la réconciliation et à la paix dans le monde.
Un autre élément de
stabilité est la lutte contre la pauvreté dans tous les pays du monde. Car c’est souvent la faim, la misère qui obligent des femmes, des hommes à partir pour chercher ailleurs une vie digne. Il y
a beaucoup à faire pour encourager les pays les plus pauvres à développer leur propre économie. Tout ce que permet le micro-crédit est certainement positif. Toutes les initiatives qui développent
le commerce équitable et qui luttent contre la pauvreté sont bénéfiques. Toutes les actions pour lutter contre la corruption sont nécessaires. Toutes les collaborations internationales peuvent
porter des fruits et permettent à bien des personnes de vivre chez elles dignement.
N’ayons pas peur « des
sans papiers ». Ils ne sont que la pointe de l’iceberg, qui nous montre l’énorme souffrance sur la planète. Que ce soit par la solidarité internationale, que ce soit par l’accueil et
l’accompagnement ici, l’important est de lutter contre la misère, la guerre et de servir la dignité de l’être. Faites bon accueil aux marcheurs si vous les croisez dimanche à Chalon ou lundi
prochain à Tournus et mardi à Macon.
À la semaine
prochaine.
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Vendredi 30 avril 2010
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Chronique RCF du jeudi 29 avril 2010.
Bonjour,
J’ai beaucoup ri cette semaine quand j’ai entendu une radio annoncer très sérieusement qu’un groupe
de chrétiens évangéliques chinois et turcs avait retrouvé l’arche de Noé sur le mont Ararat. Je sais que le peuple arménien a toujours eu cette tradition de dire que l’arche de Noé serait arrivée
sur le mont Ararat. Et les Arméniens pleurent d’ailleurs cette montagne depuis qu’elle a été annexée par la Turquie.
J’ai beaucoup ri car l’histoire de Noé est mythique et jamais je n’imaginerai qu’il soit possible de rechercher les vestiges d’une barque qui n’a
jamais existé. Le mythe de Noé est en fait formidable et nous pose à tous une bonne question : c’est celle de l’élimination du mal sur notre terre et dans notre cœur.
Si dans le mythe biblique, Dieu dit à Noé de construire une barque, c’est parce qu’il constate que l’homme est animé de plein d’intentions
mauvaises et que souvent dans sa façon d’être, il produit le mal. Le mythe propose pour éliminer le mal d’éliminer tous les hommes qui font du mal et d’en garder un seul, juste, bon, droit,
honnête, Noé qui engendrera une nouvelle humanité. Le déluge est lancé et tout disparaît enfoui sous l’eau. Ce n'est qu’après des jours et des jours que la colombe ne revient pas sur le bateau,
indiquant par là que l’eau commençait à se retirer. Tout pouvait recommencer. Mais en fait, le texte nous explique qu’avec les enfants de Noé, le mal a aussitôt recommencé et que le déluge n’a
rien résolu. Le texte va même jusqu’à dire que plus jamais Dieu ne fera de déluge mais enverra un sauveur qui changera le cœur des hommes.
Je trouve ce texte fabuleux. En fait, c’est une question universelle qui est portée dans ce texte. Le mal est enraciné dans l’être humain, comment
l’arracher du cœur de l’homme ? Comment le détruire, le mettre à terre ? C’est une question qu’on peut honnêtement se poser pour soi-même. Qui d’entre nous pourrait dire « le mal,
je ne connais pas » ? Bien sûr, on peut essayer de s’en tenir loin, de se contrôler. Le mal, c’est ce qui divise, ce qui sépare les êtres entre eux, mais aussi ce qui crée la séparation
en nous-mêmes entre nos actes et nos paroles, entre notre intention et nos réalisations.
Le mal est une réalité de nos vies. Pourquoi le nier ? Le mal, l’esprit de division peut nous gagner. Dans le mythe de Noé, une clé est
donnée. Noé embarque des couples d’animaux, mâle et femelle, complémentaires pour que la vie gagne. C’est ainsi en nous. Si j’ai la colère qui peut faire du mal, il me faut chercher son
complément la douceur. Si j’ai l’esprit de convoitise, il me faut développer l’esprit de détachement. Si j’ai la rancune, il me faut chercher le pardon. Si j’ai l’orgueil, il me faut chercher
l’humilité. C’est ainsi qu’on combat le mal. Non en voulant détruire l’être mais en lui proposant d’autres chemins possibles de développement.
Quand je vois qu’on cherche l’arche de Noé, je ris. Quand je vois le mal, qui existe toujours, je pleure, mais en même temps, je me dis que
l’histoire de Noé nous donne des clés. On n’éradique pas le mal en éliminant l’Homme mais en l’aidant à grandir et à développer d’autres capacités, qui sont sagesse humaine et
évangélique.
À la semaine prochaine.
Stéphane Boyer
Publié dans : Foi/spiritualité
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