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Mercredi 25 janvier 2006 3 25 /01 /Jan /2006 13:20
Chronique RCF du Jeudi 19 janvier 2006
Bonjour,
Il y a des mots qui apparaissent dans le vocabulaire du quotidien. En général, ces mots sont lancés pour dire une nouvelle idée. Mais si ensuite, ils sont utilisés par tous et pour tout, ils perdent tous sens. Depuis quelques années le mot « discrimination » est apparu. Souvent ce mot est lié à des minorités. Par exemple, des villes qui devraient avoir des aires de stationnement pour les nomades n’en n’ont pas. C’est discriminant car ces communes ne respectent pas une loi qui est là pour que la liberté de circulation des nomades soit respectée. Ou bien, un demandeur d’emploi à formation et à expérience égales sera refusé à cause de son pays d’origine, où parce que c’est une femme : c’est discriminant car la loi interdit ces critères dans le choix, même si on sait qu’ils sont fréquemment utilisés.
Il est indispensable quand on parle de discrimination de bien situer les problèmes. La discrimination est le fruit d’un rejet alors que la loi reconnaît un droit. Cette loi est formelle, comme le droit du travail, les droits de l’Homme et du Citoyen, les lois françaises ou européennes. Il n’y a pas discrimination quand la loi dit le contraire. La loi interdit l’euthanasie, c’est n’est pas discriminant qu’un médecin refuse cet acte ; mais si elle était autorisée par la loi et si un médecin la refusait, cela pourrait être discriminant.
Il en est de même dans un grand débat qui n’a pas fini d’agiter la société d’ici les élections de 2007, sur la question du mariage homosexuel et de l’adoption d’enfants par ces couples. À ce jour, il n’est pas discriminant qu’un couple de même sexe ne puisse pas se marier. Que certains trouvent cela injuste et militent pour faire changer la loi, c’est leur droit et je dirais même leur devoir de citoyen. Mais ce n’est pas une discrimination à ce jour. À l’opposé, quand M. Nesme, député du Charolais qui a lancé un manifeste s’opposant à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels (et c’est son droit le plus absolu) dit qu’en acceptant l’adoption d’enfant on créerait une discrimination nouvelle puisque « certains enfants se trouveraient privés d’un père et d’une mère avec une filiation vraiment lisibles », il se trompe. On créerait une injustice, une situation insupportable, blessante peut être mais pas discriminante puisque c’est la loi qui l’autoriserait.
Le mot de « discrimination » ne doit pas être utilisé de façon intempestive. La discrimination c’est un acte produit par une personne qui refuse l’autre à cause de son origine, de sa religion, de son orientation sexuelle, de ses choix politiques, souvent de façon plus ou moins inconsciente et qui se soustrait ainsi à la loi. Pour lutter contre la discrimination, c’est d’abord en soi qu’il faut lutter. On a tous des façons de penser qui peuvent être excluantes et qui ne respectent pas les lois que nous sommes censés connaître. Pour lutter contre la discrimination, il est indispensable d’accepter le combat des idées, d’accepter de débattre, de changer peut-être de point de vue. Il est aussi nécessaire de connaître les lois nouvelles pour les appliquer au quotidien dans notre façon d’être. On a le droit de ne pas être d’accord et de vouloir faire changer une loi, mais on ne peut pas blesser l’autre – à cause de nos idées – quand il est dans son droit, car cela s’appelle de la discrimination.
À la semaine prochaine.
Par Boyer Stephane - Publié dans : Education-jeunesse
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Vendredi 13 janvier 2006 5 13 /01 /Jan /2006 13:55

Chronique RCF du jeudi 12 janvier 2006.

Bonjour,

 

 

La semaine passée, on a beaucoup parlé d’Ariel Sharon qui survit suite à une attaque cérébrale et de François Mitterrand, dix ans après sa disparition, avec une multitude d’hommages, d’inaugurations et de rencontres.

 

 

Certains hommes politiques comptent plus que d’autres. Ils ont du charisme, une attitude, une façon de convaincre, de parfois plier mais sans jamais casser, qui font d’eux des hommes, des femmes, que l’histoire retiendra. Si pour Ariel Sharon, on se rappelle la décolonisation de la bande de Gaza, il ne faut pas oublier ce dont on entend moins parler comme la continuation des colonisations en Cisjordanie et le mur de séparation entre Israël et la Palestine. Pour Mitterrand, c’est pareil. On rappelle l’abolition de la peine de mort, les radios libres (dont nous faisons parti sur RCF) mais on se pose toujours des questions sur la pression morale qu’il a fait exercer sur certains individus et qui ont créé bien des souffrances.

 

 

Ces deux hommes, mais bien d’autres responsables politiques, syndicaux ou religieux, marquent l’histoire, et par leurs actions ont contribué à façonner un monde différent. À tous les niveaux, ceux qui sont mis en situation de responsabilité influencent l’avenir par leurs décisions. Certaines sont audacieuses et visionnaires, d’autres frileuses, pragmatiques, parfois même rétrogrades. Ce qui devrait pour tout responsable orienter sa prise de décision est le bien commun. Le bien de ceux qui lui sont proches, par exemple un président pour les citoyens de son pays, des responsables syndicaux pour les adhérents, mais pas uniquement. Si le bien d’un peuple ou des adhérents est essentiel, avoir le souci plus large des autres est indispensable.

 

 

Si c’est vrai que certains êtres marquent l’Histoire, avec un grand H, il ne faut pas oublier pour autant que chacun de nous façonne aussi au quotidien l’histoire de notre monde. Chacun fait des choix. Chacun oriente sa vie, soit en suivant l’air ambiant (on le voit à l’occasion des soldes – on a l’impression que c’est un évènement national qui va changer la vie de chacun), soit sur des convictions plus personnelles. La dernière campagne d’un certain nombre d’acteurs et de chanteurs en faveur de l’inscription sur les listes électorales a le mérite de rappeler qu’en votant, on fait un choix, qu’on influence l’avenir. Mais dans des gestes quotidiens aussi. Réfléchir sur les moyens de transport qu’on utilise peut contribuer à changer l’avenir. Choisir quelles associations nous allons soutenir, soit en donnant du temps, soit en faisant un don pour qu’elles aient des moyens d’actions n’est pas anodin. Choisir une école pour son enfant est aussi une façon d’orienter son avenir, sa construction.

 

 

Si pour certaines choses nos choix sont déjà bien réfléchis et fondés, la vie apporte toujours de la nouveauté. Pour choisir, il est indispensable d’avoir une vision des enjeux, une connaissance des diverses possibilités, un peu de créativité aussi. Le parlement est le lieu de discussion d’un pays (et je pense qu’on ne réagit pas assez auprès de nos députés qui sont nos représentants), le Conseil d’Administration d’une association est aussi ce lieu de débat. Le couple est un vrai relais pour les décisions de la famille. Parfois le débat se fait avec les enfants mais parfois comme le disait une sociologue : « Il est nécessaire que les enfants comprennent que les parents discutent au-dessus de leur tête » car ils sont responsables. (Je pense aussi à tous les conseils, en Église, chez les Scouts, dans les quartiers…)

 

 

Alors, notre première responsabilité, si on ne veut pas demeurer dans l’individualisme égoïste, est de bien faire vivre ces lieux où nos décisions peuvent se dialoguer et s’éclairer pour concourir au bien du plus grand nombre.

 

 

À la semaine prochaine.
Par Boyer Stephane - Publié dans : Education-jeunesse
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Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /Jan /2006 00:43
Chronique RCF du jeudi 05 janvier 2006

Bonjour,

 

 

Il y a quelques jours, alors que nous étions dans les fêtes de fin d’année, la sonnette retentit à la paroisse. Je vais ouvrir et entre un homme que j’ai souvent vu. Sorti de prison il y a quelques mois, il me demande de le conduire au centre psychiatrique. Malheureusement, je n’en ai pas le temps, je lui propose un ticket de bus. Il me dit : « Je viens de me faire virer du bus par les contrôleurs, je vais faire une connerie et je retournerai en tôle, là au moins je serai bien ». Que dire, que faire ? Réinsertion où es-tu ?

 

 

Par ailleurs, l’équipe d’aumônerie des jeunes de 4ème que j’accompagne a rencontré, il y a quelques jours, un dentiste qui va souvent visiter les prisons en Afrique. Il a expliqué aux jeunes comment le système est différent. Les gardiens sont à l’extérieur de la prison. Les prisonniers décident en votant qui sera leur « chef », leur responsable. Ensemble, ils doivent tout assumer : la nourriture, les vêtements, le travail. La nourriture est le premier problème. Souvent, les états africains n’ont pas plus d’argent pour nourrir les prisonniers que la population. Des fonds internationaux permettent une survie. Le reste repose sur le travail à l’intérieur de la prison. Ainsi, pour certains la fabrication d’objets divers permet un petit revenu complémentaire. En Afrique, ce sont même les prisonniers qui vont faire les courses à l’extérieur. À l’image de leur société, tout se vit et s’organise en commun. La vie de groupe est la base.

 

 

En France, le mois de novembre a vu de nombreuses incarcérations, suite à la flambée de violence. Ce qui est assez dramatique, c’est qu’une nouvelle génération de jeunes majeurs ou mineurs ont vécu là leur première détention. Et dans certains milieux la prison, ce n’est pas la honte, mais la preuve qu’on est quelqu’un. Quand on n’a pas la chance de pouvoir prouver au monde qu’on existe, dans le petit réseau de relations qui reste, l’incarcération est de l’ordre d’une médaille que l’on mettrait bien en vue sur sa veste, plutôt que l’ordre du déshonneur. C’est le paradoxe de notre système. À la place de stopper et de réinsérer, il crée par l’emprisonnement des petits caïds.

 

 

Je pense que pour chacun de vous, amis auditeurs, la vie des prisonniers – en France ou ailleurs – n’est pas votre souci. Parfois dans nos proches relations, quelqu’un est incarcéré. Alors tout change et cet univers bien inconnu, devient une réalité assez cruelle. Combien de minutes pour pouvoir accéder à un parloir ? Combien de kilomètres pour visiter un ami ou un membre de sa famille ? En Saône-&-Loire, il n’y a qu’une prison. C’est forcément pour ceux qui sont à l’autre bout du département deux à trois heures de route (aller-retour). Sans parler du soutien financier qu’il faut procurer à celui qui est emprisonné.

 

 

Mais le plus triste est à mon avis la très grande difficulté de réinsertion. Celui qui rentre pauvre en prison en ressortira encore plus pauvre, celui qui avait quelques richesses de relations perdra souvent bien des personnes qui avant étaient ses soi-disant amis. La prison, même si elle est parfois une façon de dire stop aux agissements mauvais, ne construit pas. Or c’est le principal problème de beaucoup de jeunes incarcérés pour des petits délits. Espérons que la France, qui a été épinglée par la commission européenne des droits de l’homme [à propos de son système carcéral], fasse quelques efforts salutaires en 2006.

 

 

Par Boyer Stephane - Publié dans : Education-jeunesse
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