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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 23:21

        Chronique RCF du jeudi 7 janvier 2010.

             Bonjour,

         Je ne sais pas si vous êtes comme moi, car chacun a son caractère, mais de par la multitude des rencontres et des tâches différentes, je suis parfois amené à passer par des sentiments et des émotions diverses. J’ai la joie d’entendre des personnes qui vivent des projets, que ce soit parfois de construire une maison ou de se former. J’ai le bonheur d’écouter les jeunes qui veulent s’engager dans le mariage. J’ai le bonheur de voir qu’un mouvement comme la JOC encourage des jeunes, que des accompagnateurs et des jeunes donnent confiance à d’autres. La joie de voir une famille obtenir une régularisation et de voir une angoisse énorme s’échapper de leur tête, de leur corps !

         Mais dans le même temps, je suis amené à accompagner ceux qui souffrent. Ceux qui perdent un parent, un ami, et qui se trouvent alors projetés face à la question que tous nous nous posons « Pourquoi la mort ? ». Il y a ceux qui galèrent pour arriver à manger et croyez moi malgré toutes les associations qui distribuent de la nourriture, je connais des frigos vides et des placards avec bien de la place. Et puis, il y a ceux qui souffrent dans leur corps ou leur tête, qui se sentent parfois incompris ou abandonnés. Il y a ceux qui chaque jour craignent d’être arrêtés, expulsés, déportés comme quelques-uns me le disent.

         Et puis quelques instants plus tard, des fois en quelques minutes, me voici à nouveau projeté vers des gens heureux. Ils travaillent et leur métier est une source d’épanouissement, même si tout n’est pas facile. D’autres sont heureux de raconter un bon film qu’ils ont vu ou une bonne blague qu’ils ont entendue. Et je pourrais poursuivre ainsi.

         La très grande diversité de situation que je rencontre chaque semaine augmente sûrement cette sensation que j’ai parfois d’être traversé par toutes sortes de sentiments. Je crois que c’est cela être un prêtre qui accompagne. Dans le Concile Vatican II, il y a cette belle expression bien connue : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur… La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. » [1]

         Ce que vivent les uns et les autres, j’essaye de l’accueillir, de le méditer et de voir comment cela m’appelle à agir. Cela m’aide beaucoup à réfléchir à ce qu’est la vie des Hommes et comment faire entendre avec le plus de pertinence possible la parole de l'Évangile. Mais cela fait passer par bien des émotions, des sentiments divers qui m’envahissent souvent. Il est alors utile de pouvoir parler avec d’autres, utile de pouvoir méditer pour ne pas trop se laisser happer et écraser. Le dialogue intérieur et le dialogue avec les autres ouvrent et libèrent. J’espère pouvoir poursuivre toute cette année cette écoute des uns et des autres et faire miennes les souffrances et les joies de chacun.

Bonne année à vous et à la semaine prochaine.


[1]              Constitution « l’Eglise dans le monde de ce temps » N°1, 1.

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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 14:00

Chronique RCF du jeudi 24 Décembre 2009.

         Bonjour,

         Ce soir nous fêterons Noël. Nous fêterons une réalité totalement révolutionnaire. Dieu se fait vulnérable, petit enfant, otage de la vie humaine. Dieu refuse la force et se fait fragile. Aucune religion n’ose avoir une telle pensée. Toutes les autres religions de la terre séparent l’homme et Dieu, le profane et le sacré. Notre originalité qui nous vient de Jésus le Christ est de lier à tout jamais l’humain et le Divin. Noël c’est donc regarder comment notre vie est divine et comment elle peut transformer, améliorer notre humanité.

         Il y a beaucoup à faire sur la terre. Hier, j’ai dû faire un aller retour de Chalon à Tournus. Sur la route N6, il y avait 4 camions blancs, ou des femmes vivent de la prostitution. Trois sur quatre avaient des voitures arrêtés à côté. Drôle d’humanité qui accepte la prostitution. Je crains fort que ces femmes n’aient pas vraiment choisi cette vie. Elles essayent peut-être de survivre et de faire vivre une famille au loin. Combien de femmes vivent cette situation à travers le monde ? Voilà un domaine qui défigure notre humanité et ou il y aurait beaucoup à faire.

         Ceci n’est qu’un exemple de ce qui est difficile sur notre terre. Depuis 2000 ans, une invitation nous ai faite : libérer les êtres de tout ce qui défigure leur humanité. Et cela est à reprendre à chaque génération. La prostitution, mais on pourrait citer la corruption, la violence, le vol, et tant d’autres choses se doivent d’être combattu. Ce n’est pas par la force qu’il faut le faire, mais par une parole fragile, petite, simple. C’est en travaillant le cœur de l’homme que les choses peuvent changer jour après jour. N’oublions pas que nous sommes de plus en plus nombreux sur la terre et que par conséquent la tâche est de plus en plus grande.

         Je crois qu’un des messages de Jésus est de ne jamais désespérer de l’humanité. Bien sûr, si l’on fait la somme de tout ce qui ne va pas, on peut baisser les bras. Mais ce qui est bon, ce qui est vrai entre les hommes ne fait jamais de bruit et c’est cela qu’il nous faut savoir regarder. Comme devant un enfant qui commence à marcher, à comprendre, à s’émerveiller, il est bon de savoir contempler tout ce qui est beau, bon et profond. Je crois que développer la vie divine en nous passe par cette contemplation. Ne pas s’arrêter à l’écume du monde, à ce qui fait du bruit, à ce qui abime la vie, mais en contemplant ce qui est profond et beau entre les êtres, prendre des forces pour faire progresser l’Homme et repousser sans violence ce qui défigure l’humanité.

         Je crois que dans l’étable de Bethléem, l’enfant nous montre un chemin d’harmonie. Il nous invite à unir le plus profond de notre être, le divin qui est en nous avec l’humanité qui nous constitue. Alors bon Noël, plein d’espérance.

         A la semaine prochaine.

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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 17:22

Chronique RCF du jeudi 17 Décembre 2009.


Bonjour,


Je ne voudrais pas trop entrer dans le débat que le ministre Éric Besson a lancé sur l’identité nationale. Pour moi est français celui qui a une carte d’identité quelle que soit la façon dont il l’a obtenue : par ses parents, par son conjoint dans le cadre d’un mariage, par la naturalisation après plus de six années de présence en France.

Être français, ce n’est pas connaître Voltaire, Rousseau, l’histoire de la Révolution et encore plein de choses. Il ne faudrait pas croire qu’avant, les Français étaient instruits de tout cela. Beaucoup de jeunes n’allaient pas jusqu’au lycée et Voltaire, ils n’en connaissaient rien. Ils connaissaient leur métier, leur région. Mais que connaissaient-ils du monde ?

Être français ce n’est pas manger du saucisson et du camembert. C’est aimer aussi bien le taboulé, le couscous ou les nems. Être français ne n’est pas être chrétien ou laïcard. C’est avoir la possibilité de vivre avec une religion ou sans, être musulman, juif, bouddhiste, franc-maçon…

Être français ce n’est pas génétique, c’est une donnée de notre vie. Entre Français d’origines diverses et personnes séjournant en France de toutes origines, il y a des blocages. Je crois que la discrimination est un obstacle majeur pour arriver à construire notre vivre ensemble. Et cette discrimination n’est pas liée à une religion différente, à l’islam mais à des zones de vie et essentiellement à des réalités sociales. Si on a le malheur d’avoir un handicap physique, si on a une mobilité réduite ou une lenteur, si on n’a pas de véhicule, si on a du mal à écrire, si on a un niveau de formation bas, si on a la peau qui n’est pas blanche… et je pourrais en ajouter ! Nous ne pourrons lutter contre les discriminations qu’en travaillant sur la mentalité de l’ensemble des habitants de notre pays. Il faudra encore beaucoup de campagnes de sensibilisation pour changer nos comportements inconscients.

Un évêque, je crois que c’est Alfred Ancel, avait surpris un jour tout son auditoire en affirmant publiquement qu’il était raciste. Mais il avait ajouté juste après : « Mais je lutte contre ». Je crois qu’il nous faut prendre conscience du racisme, de la discrimination, de l’injustice.
Un séminariste d’origine vietnamienne me disait l’autre jour en mettant sa cravate : « Je mets mon passeport, depuis que je mets une cravate chaque jour, je ne suis plus jamais contrôlé pour mes papiers alors que des fois on me contrôlait deux fois dans le même jour ». Et je crois vraiment qu’on pourrait ajouter bien des exemples.

L’avenir de la France, l’avenir de l’unité de notre République, avec tous ceux qui vivent ici, sera lié à notre capacité à développer un vivre ensemble. Il nous faut lutter contre nos préjugés, ne pas généraliser. Par exemple tout le monde trouverait injuste de dire que « tous les patrons sont racistes ou que tous les employés sont fainéants ». Il est indispensable de développer une vraie égalité. Si l’injustice continue, je crois pouvoir affirmer sans être devin que notre société explosera. Alors se ressaisir est indispensable.

À la semaine prochaine.
Stéphane Boyer

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 00:22

 Chronique RCF du jeudi 10 décembre 2009.

         Bonjour,

         Samedi dernier, une réunion a rassemblé une vingtaine d’animateurs et de prêtres accompagnant des jeunes en aumônerie. Le sujet de cette journée de partage et de formation était une question grave et difficile : la réconciliation. Se réconcilier, c’est être deux, accepter de recréer le lien, oser regarder le conflit et en parler, agir pour que le fossé qui s’est creusé soit comblé.

         Soyons clair, il y a des ruptures dans notre enfance et notre adolescence qui créent des blessures et la réconciliation est bien difficile. Quel ado n’a pas fait l’expérience d’être trahi par un de ceux qu’il croyait être ses amis ? Combien de fois aussi les émotions trop fortes font jaillir des paroles qui viennent briser la relation et qui sont comme des mots qui engendrent une séparation irréversible ? Ce que vivent les ados, nous le vivons aussi nous les adultes. Des ruptures, des trahisons, des incapacités à récréer le dialogue, cela aussi nous arrive. Alors en réfléchissant à la réconciliation pour les jeunes, cela nous a donné l’occasion de réfléchir pour nous.

         Personnellement, je crois que la réconciliation est un des enjeux de la vie et de l’humanité. Sans réconciliation entre les êtres, entre les peuples, entre les cultures, entre les religions, il n’y a pas d’avenir. En regardant autour de nous les exemples de réconciliation, nous pouvons mesurer combien ce chemin est un chemin de vie. Réconciliation entre la France et l’Allemagne, réconciliation entre blanc et noir en Afrique du Sud, mais aussi appel à la réconciliation entre Hutus et Tutsis. Le dernier synode sur l’Afrique a souligné le travail qui est à réaliser par des Églises pour permettre de vraies réconciliations là où il y a eu d’énormes violences et injustices. C’est un travail de longue haleine.

         Fernand Michel, prêtre à Saint-Bonnet-de-Joux, nous a aidés dans notre réflexion. Il nous a rappelé que la culpabilité n’est jamais le bon baromètre, même si c’est un indicateur. Pour nous chrétiens, ce n’est pas parce que qu’on se sent coupable qu’on doit demander pardon ou chercher la réconciliation. Le bon baromètre c’est l'Évangile. Quand je n’arrive pas à vivre l'Évangile, l’amour de Jésus pour tous, le pardon donné 7 fois 70 fois, le refus du jugement, quand cela est absent de ma vie, alors je suis invité à entamer un chemin de réconciliation. Car notre but n’est pas d’être libéré d’une culpabilité mais de ressembler simplement au Christ Jésus. C’est un beau défi d’essayer de ressembler à Jésus et une vraie joie quand on s’en approche.

         Nous avons aussi parlé du sacrement de la réconciliation. Il peut être pour les jeunes une occasion de dialogue, une chance d’être écouté, d’expérimenter une libération intérieure, d’entendre que Dieu pardonne. Jésus a passé au moins autant de temps à dire le pardon de son père que son amour. C’est comme une pièce de monnaie avec le côté pile et le côté face. L’amour et le pardon sont comme le prolongement l’un de l’autre et ne peuvent se séparer. Pas d’amour sans pardon, pas de pardon sans le désir d’aimer à nouveau. Alors si vous avez besoin de réconciliation, je souhaite que votre cœur arrive à en suivre le chemin, avec détermination et en même temps beaucoup de patience.

         À la semaine prochaine.

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 14:40

Chronique RCF du jeudi 3 décembre 2009.

         Bonjour,

         Je lis assez souvent des livres où les gens racontent, témoignent, s’épanchent parfois sur leur existence, ce qu’elle a été et ce qu’il aurait aimé qu’elle soit. Je ne parlerai pas de Valéry Giscard d’Estaing car il paraît que son récit où il est proche d’une princesse est un roman, donc quelque chose d’imaginaire. Le livre de Jacques Chirac se vent bien et cela montre que beaucoup ont envie de savoir le secret de cet homme, de cerner certains évènements de sa vie.

         J’ai lu, il y a quelque temps Le livre de ma mémoire[1] de Danielle Mitterrand. Elle est de la région de Cluny, comme moi. J’ai d’ailleurs bien aimé cette partie du livre où elle parle de sa famille, de Cluny, malheureusement de la guerre et de la résistance avec sa famille, et du moment où François va la rejoindre. Dans tout ce livre, on sent que son propos est retenu, qu’elle cherche à ne blesser personne, à ne pas dire de mal, même si elle est capable de s’opposer, de dire non. On trouve une femme très adulte, passionnée et en même temps capable de recul.

         Dans un autre style, j’ai lu avec bonheur, le livre d’Azouz Begag, Un Mouton dans la baignoire[2] qui raconte son arrivée et son travail dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Attention, ne dites pas qu’il était ministre de l’intégration, un beur, un symbole dans un gouvernement. Apparemment, quand c’est des femmes comme Rama Yade ou Rachida Dati, le symbole marche mieux mais bon passons. Il raconte dans ce livre sa plongée inattendue dans le monde de la politique comme « ministre délégué à la promotion des chances ». Il va découvrir cette arène de la politique et comprendre tout le jeu des pouvoirs entre personnes. Il va fréquenter Brice Hortefeux qui s’étonnera avant un conseil des ministres qu’il soit encore là, va voir Nicolas Sarkozy nommer un préfet « musulman » comme si cela était nécessaire de préciser la religion d’un homme qui devient préfet. Ce qu’on voit dans ce livre c’est son impuissance, comment il va être laminé par les grands, ceux qui font carrière, comment sa compétence ne va pas pouvoir vraiment éclore et comment sa vie en a été épuisée.

         Je lis actuellement un récit de vie, que je n’aurai pas spontanément acheté, c’est un ami qui me l’a donné, la vie de Tim Guénard[3]. Ce n’est pas spontanément mon type de récit de vie. La retenue n’est pas la qualité principale de ce récit, même s’il y en a un peu. Mais c’est sa façon de raconter son histoire et cela se respecte. Quand il y a beaucoup de violences, de souffrances, d’injustices, c’est plus dur mais c’est leur vérité et au cœur de ces récits, il y a quelques perles d’amour à saisir et qui font du bien. C’est d’ailleurs cela qui a aidé Tim Guénard et tant d’autres à être encore là parmi nous.

         Ces récits de vie sont utiles car ils élargissent notre regard, mais il faut toujours garder un peu de distance.

         À la semaine prochaine.

1]              Danielle Mitterrand, Le Livre de ma mémoire, Éditions de Noyelles, 2007.

[2]              Azouz Begag, Un Mouton dans la baignoire, Fayard, 2007.

[3]              Tim Guénard, Plus fort que la haine, Presse de la Renaissance, 2000.

 

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