Lundi 6 décembre 2010
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Chronique du jeudi 2 décembre
2010.
Bonjour,
Peut-être que quelques uns de vous lisent le journal « courrier international ». Pour moi, ce journal est comme une fenêtre ouverte sur
le monde, ses tribulations, ses progrès. Il y a deux mois un article a attiré mon œil. Un journaliste de Bangkok expliquait que les talibans en Afghanistan avaient imposé une réforme dans une
région du pays sur le mariage. Ils ont en effet imposé une limite dans les dots du mariage. Ainsi les parents de la mariée ne peuvent plus demander des sommes astronomiques pour accorder leur
fille en mariage à un homme. En effet, il était bien cher de se marier. Les fiançailles coutaient déjà 3 900 euros puis la dot coûtait encore plus, sans parler de la nécessité d’offrir un
repas à bien des personnes. Vous imaginez que pour se marier un homme devait dépenser entre 8 000 et 10 000 euros dans un pays où le niveau de vie n’est pas le nôtre. Les talibans, en
imposant un maximum pour la dot de 2 900 euros et en exigeant qu’on ne nourrisse plus pour un mariage toute une tribu, ont ainsi fait gagner à l’homme qui veut se marier et à sa famille des
centaines d’euros. Voilà comment se rendre populaire et gagner la guerre de l’opinion.
Vous me direz que les questions de dot sont un problème lié à ce pays et que chez nous, ce qui compte c’est le mariage d’amour. Nos lois protègent
les femmes et elles n’ont pas besoin d’une dot en cas de divorce pour se retourner car chez nous il y a les pensions alimentaires. Or chez nous, dans notre France, la pratique de la dot existe
encore. Je connais des personnes de cultures asiatiques ou orientales qui continuent cette pratique. Il s’agit de doter la jeune femme en argent, en bijoux, mais aussi de donner souvent beaucoup
d’argent aux parents de la mariée. Dans certaines cultures, il est normal de remercier les parents pour avoir élevé leur fille et les dédommager pour tout ce qu’ils ont fait pour elle. Sans
oublier que leur fille partant, c’est une personne en moins dans la famille pour soutenir les parents, notamment dans leur vieillesse. C’est donc normal de les dédommager.
Avec un certain nombre de chrétiens, nous avons essayé de faire changer cette pratique dans certaines familles catholiques. Remercier les parents,
oui. Mais il n’y a pas forcément besoin de dot dans une vie de couple où tout ce qui est acquis en commun appartient aux deux et où la femme est protégée en cas de séparation par nos lois
françaises. On a donc essayé de transformer le don d’argent qui s’élevait à plusieurs milliers d’euros par quelques cadeaux matériels : canapé, salon, audio-visuel…, mais avec un coût
moindre. Une façon de dire merci sans endetter la famille du garçon. Car c’est parfois ce qui arrivait. En plus du repas que la famille du garçon devait offrir parfois à 200 ou 300 invités, il
fallait emprunter pour payer les parents de la jeune épouse.
Les traditions ont la vie dure et ne sont pas stupides dans certains contextes de vie. Je vois qu’elles sont parfois des armes comme en
Afghanistan et parfois une façon de rester lié à son histoire. Cela aussi se respecte.
Bonne journée à vous.
Publié dans : Société
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Lundi 6 décembre 2010
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Chronique du jeudi 25 novembre
2010.
Bonjour,
Je suis connu pour ne pas être un couche-tôt. Ou plus exactement j’ai l’habitude de dire que je commence toutes mes journées par dormir vers une
heure ou deux heures du matin. On m’a souvent dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je crois surtout que chacun a son rythme, certains travaillent bien le matin, d’autres pas trop
mal le soir.
Le soir, j’aime le calme. Les réunions sont terminées, les rendez-vous sont passés, les mails sont envoyés, les courriers lus, il reste le calme,
le silence et la possibilité de relire, de reprendre tous ces visages rencontrés dans ma mémoire, dans ma méditation, dans mon cœur. La nuit, je revisite ma journée. Mais c’est aussi un moment où
j’aime lire, libérer ma tête des soucis quotidiens, de la vie de souffrances de beaucoup que je rencontre et plonger dans des histoires, dans des romans, dans un autre espace. En fait la nuit,
par la lecture, la méditation, je digère ce que je vis et m’évade un peu.
Mais la nuit, comme beaucoup, je pense. Pas au point de faire sans cesse de l’insomnie mais nous sommes tous pareils. Quand quelque chose nous
préoccupe, cela envahit nos sentiments, notre pensée et forcément nos nuits et parfois nos rêves ou nos cauchemars. Combien d’hommes et de femmes s’inquiètent dans leur nuit de leur avenir, de la
vie d’un proche, du départ d’un être aimé. Et je pense à eux aussi. Tous ceux qui souffrent quand la nuit tombe et que le silence se fait autour d’eux.
La nuit, c’est un peu le temps des mûrissements, c’est un peu comme l’hiver lorsque les graines sont en terre et qu’au printemps elles vont
jaillir en germe de vie. Mais la nuit, il faut la traverser, l’apprivoiser. Elle est celle qui nous met face à notre solitude, face à nos questionnements, face à nos souffrances, face aussi à la
contemplation de ce qui est beau et vivifiant. C’est la nuit que les dialogues intérieurs s’expriment, ceux dont tant de personnes ne parlent pas et qui sont pourtant si importants pour nous
donner la force de vivre le lendemain.
Des fois, je pense à Jésus qui a passé de longues nuits dans le désert, à l’écart des villages et qui méditait. Lui aussi était bouleversé par la
vie de ceux qu’il rencontrait et il essayait de leur dire les mots de douceur et de tendresse que l’Esprit lui soufflait au cœur durant tant de nuits passées à dialoguer avec son Père. Je crois
que son souffle continue de venir en nous, pour habiter nos vies, nos nuits, nos profondeurs. Alors, j’aime la nuit, même s’il faut la traverser.
Bonne journée à vous.
Publié dans : Foi/spiritualité
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Samedi 20 novembre 2010
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Chronique du jeudi 18 novembre
2010.
Bonjour,
Vous avez peut être entendu parler à la télévision de cet incendie qui s’est déclaré dans un foyer ADOMA à Dijon. Sept personnes ont perdu la vie
et plusieurs dizaines ont été intoxiquées par les fumées. Les victimes de ce drame sont pour la plupart des personnes venues d’autres pays, vivant et travaillant en France ou demandeuses d’asile.
Comme dans beaucoup de foyer ADOMA, anciennement Sonacotra, la vocation sociale de ces foyers est très clair. Ces foyers accueillent des personnes qui souvent travaillent et vivent dans cette
condition précaire car elles désirent soutenir leur famille dans leurs pays d’origine. Il y a aussi dans ces foyers des personnes qui souvent sont à la rue, souvent dans de grandes difficultés et
des demandeurs d’asile placés là parce que les centres prévus pour eux sont archi complets.
Ce qui est sûr, c’est que cet incendie va créer de nouvelles difficultés pour gérer l’accueil des personnes à la rue durant l’hiver. C’est une des
conséquences de cet incendie, en plus de la souffrance de ceux qui ont vécu ce drame et perdu un proche. Les places disponibles pour l’accueil en hiver vont coûter cher cette saison. Car ce sont
des dizaines de personnes qu’il faut reloger et notre État français manque de logements d’urgence. De nombreuses personnes vont se trouver dans la précarité, ballotées sur le 115 dans nos petites
villes car les places de foyer seront occupées par les victimes qui ont vécu ce drame récent, comme ces premières familles qui sont arrivées à Chalon au foyer ADOMA. La situation va donc être
bien compliquée dans les prochains mois.
Dans un autre domaine, nous avons vécu ce week-end le remaniement du gouvernement. Le ministère de l’immigration a été rattaché au ministère de
l’intérieur mais le ministère de l’Identité nationale a disparu. Durant des années, nous avons avec beaucoup de gens dénoncé cette appellation. En effet, appartenir au peuple français ne coïncide
pas avec une identité. Personnellement, j’appartiens à ce peuple des Français, mais un ami africain a aussi acquis la nationalité française et un autre arménien et un autre du Kosovo. Leur carte
d’identité est française comme la mienne, mais leur vie ne se limite pas à une vie en France.
Leur racine, leur histoire fait qu’ils n’ont pas grandi ici et que leur vie est habitée d’une autre culture, d’une autre religion pour certains,
d’une autre histoire. Et en même temps, c’est ensemble que nous formons le peuple français, c’est ensemble que nous aidons notre pays à vivre, à construire une économie, à vivre des liens entre
les personnes. C’est ensemble que nous vivons et construisons l’histoire de France. Pas celle d’hier que l’on nous présente souvent de façon
monolithique, mais celle qui fera de notre pays un exemple de vie commune, loin des communotarismes, des définitions identitaires qui enferment chacun dans des cases. Oui, le ministère de
l’Identité nationale est mort. Il semble que nos nombreuses contestations aient portés du fruit ; enfin, j’ose le croire !
Bonne journée à vous.
Publié dans : actualité
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Vendredi 12 novembre 2010
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Chronique du jeudi 04 novembre
2010.
Bonjour,
Les députés ont débattu du budget de la Sécurité Sociale et ont essayé de faire des économies à la hauteur de 7 milliards d’euros. Un des aspects de cette loi
concernait l’aide médicale d’État, appelé par son sigle AME. Une des propositions de cette loi consiste à faire payer un droit d’entrée de 30 euros pour accéder à cette couverture
maladie.
L’aide médicale d’État a été mise en place par le gouvernement Jospin, suite à la création de la CMU (couverture maladie universelle) qui justement n’était pas
universelle parce qu’elle excluait toutes les personnes sans autorisation de séjour du territoire. Et conscient que ces personnes sont parmi les plus précaires, un droit au soin avait été
organisé. Toute personne malade peut ainsi avoir une couverture médicale, qu’elle ait des papiers ou pas, à partir du moment où elle réside depuis plus de trois mois sur le territoire
français.
Alors que beaucoup d’associations, de médecins, d’ONG, ont souligné la justesse de ce dispositif, certains députés ont voté cette loi. C’est donc 30 euros que
devront payer les personnes sans-papiers désireuses de pouvoir se faire soigner. Vous me direz que 30 euros, ce n’est pas grand-chose et que cela devrait permette à notre État d’économiser
200 millions d’euros. Sauf que la situation économique des sans-papiers est assez simple. N’ayant pas le droit de travailler, ils n’ont pas de revenus, pas d’allocations. Les demandeurs
d’asile dont le dossier est en instruction touchent chaque jour une dizaine d’euros et ont droit à la CMU car ils ont des papiers en attendant la réponse positive ou négative de leur demande
d’asile.
Les sans-papiers eux n’ont rien. Il y a la mendicité mais je ne l’encourage pas. Il y a parfois une aide du Conseil général quand il y a un enfant, mais cette aide
est destinée à acheter à manger à l’enfant et ce qui est nécessaire pour son hygiène. C’est donc les associations humanitaires soutenant les sans-papiers qui vont payer la facture. C’est donc les
bénévoles, les amis de ces personnes sans-papiers qui sortiront de leur poche ces 30 euros indispensable pour ouvrir les droits d’une prise en charge médicale. C’est donc 200 millions
que l'État français va prélever sur les associations humanitaires et les amis, les proches des sans-papiers. Je propose qu’à chaque fois qu’il nous faudra payer cette taxe d’AME, nous demandions
à l'un ou l'autre de ces députés qui a voté cette loi, de payer. Puisque contre l’avis des médecins, contre l’avis des rapports de l'État sur l’AME, qui expliquaient que c’est un bon dispositif,
contre l’avis de ceux qui accompagnent chaque jour les sans-papiers, certains députés ont approuvé cette loi, je trouverais juste de leur en faire payer le prix.
Bien sûr la question de l’AME n’est qu’une petite goutte d’eau dans l’immense problème de la Sécurité Sociale. Alors cette question sera vite oubliée, comme cette
chronique.
Bonne journée à vous.
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Dimanche 31 octobre 2010
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Chronique du jeudi 28 octobre
2010.
Bonjour,
Dans notre département, comme dans beaucoup de lieu en France, la vie chrétienne s’affaiblit. Nous sommes dans l’impossibilité de trouver un curé
pour chaque paroisse et cela ne va pas s’arranger quand on regarde la moyenne d’âge du clergé. Bien sûr, dire qu’il y aura moins de prêtres ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus. Mais dire
qu’il y aura moins de prêtres demande forcément qu’une réflexion sur notre mission, notre rôle et donc le rôle aussi des laïcs se réfléchisse, se discute, s’organise. Une partie de l'Église ne
fait pas le deuil de ce nombre moins important de prêtres. Pourtant on pourrait peut-être se demander si ce n’est pas un signe que Dieu nous envoie pour changer l'Église, notre façon de vivre, de
travailler, de servir l’annonce de l'Évangile. Il serait dommage d’être sourd aux appels de l’Esprit.
Concrètement, dans les paroisses, le nombre de messes diminue et notre diocèse a abandonné la pratique qui permettait aux chrétiens de se
rassembler le dimanche dans leur église, même si aucun prêtre ne pouvait venir prier avec eux. Si, en ville, il n’est pas très difficile de
trouver une église pas trop loin de chez nous, dans l’espace rural la difficulté est plus grande et beaucoup renoncent à se déplacer. La messe à la télé a un bel avenir devant elle dans cette
situation. Pourtant, il serait intéressant de permettre aux chrétiens de se rassembler dans leur église au rythme qui leur convient et de prier ensemble. Méditer l'Évangile est à la portée de
tous, confier sa prière et dire merci à Dieu pour ce qui est beau et bon n’est pas impossible. Il faudrait arrêter de privilégier le seul rassemblement de l’Eucharistie, de la messe autour d’un
prêtre et permettre d’autres types de rassemblements le dimanche, où les chrétiens s’organiseraient en fonction de leurs compétences, de leurs
talents et de leurs envies.
Un ami, agriculteur, voyant la situation actuelle, m’a donné une très belle image. Il me disait que dans quelque temps, il n’y aurait une messe
qu’une fois par mois pour tout le canton où il habite. Et il ajoutait : « Oh la foi, je sais ce que c’est ! Ce qui compte, c’est de pouvoir de temps en temps affûter son
couteau ». Pour cet ami, cette image va très bien. Depuis des années, il a eu le temps de comprendre sa foi, de prier souvent seul et avec d’autres, de mettre sa foi en pratique dans sa vie
quotidienne. Mais la situation est plus compliquée pour ceux qui commencent à découvrir la foi.
Si depuis quelque temps, les évêques ont beaucoup insisté pour remettre en valeur le dimanche et
encouragent des temps forts, des dimanches autrement, des temps inter-générations, ceci ne se produit que pour des évènements exceptionnels. Mais le dimanche ordinaire, où quelques chrétiens pourraient se retrouver en proximité et partager leur vie et l'Évangile est négligé, refusé, non soutenu. N’est ce pas dommage qu’il n’y
ait pas une vraie réflexion ?
Pour qu’il y ait des croyants, il faut quand même qu’on puisse voir et rencontrer des chrétiens. Si on n’encourage pas leur vie commune et locale,
on affaiblira encore l'Église. Ce serait dommage de ne pas y réfléchir vraiment.
Bonne journée à vous.
Publié dans : Foi/spiritualité
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