Le mariage et la liberté !

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Chronique RCF du jeudi 5 juin 2008

Bonjour,
Alors que nous sommes en pleine période de mariages et que cela va encore s’amplifier durant les mois d’été, ce qui fait l’actualité sociale et politique est l’annulation d’un mariage à Lille. Beaucoup de personnes ne le savent peut-être pas, mais un mariage peut être annulé, c'est-à-dire que, dans ce cas, le législateur dit que le mariage n’a pas existé, car ce qui fait le mariage, l’alliance – le contrat entre deux personnes –, c’est leur consentement libre.
Si quelqu’un est marié par contrainte, si quelqu’un se marie sans la maturité suffisante vis-à-vis de cet engagement, si quelqu’un produit un mensonge pour pourvoir se marier, tout cela peut engager une annulation du mariage. L’actualité, au-delà des passions qu’elle déchaîne, a au moins le mérite de rappeler que cette démarche existe et que pour être mariée, la liberté extérieure et intérieure de la personne doit être totale.
Ce qui est particulier dans ce jugement, c’est la raison annoncée qui réveille des passions de tous côtés : la virginité. Plusieurs imans ont déjà précisé dans les médias que la virginité n’est pas exigée dans le mariage musulman. Le prophète lui-même a épousé neuf femmes dont huit avaient auparavant connu des hommes. Ce qui est en cause ici, c’est le mensonge : la femme aurait dit à son époux qu’elle était vierge et elle ne l’était pas. Sans me positionner sur ce jugement, car j’en suis bien incapable, je trouve intéressant que l’on rappelle que le mensonge vient engendrer la division. Personne parmi nous n’est à l’abri du mensonge et l’on dit parfois qu’un petit mensonge vaux mieux que la vérité, et ce n’est peut-être pas faux. Mais nous comprenons bien, et nous le savons tous, que le mensonge n’est jamais une source d’unité. Nous aimerions ne pas avoir à mentir mais il y a parfois des contextes qui bloquent la parole, des jugements qu’on lit déjà dans les regards et qui interdisent de pouvoir être totalement vrai.
Il y a aussi dans cette affaire beaucoup d’éléments qui ne sont pas liés à la religion mais à ce qu’on appelle les coutumes ou les traditions. Le drap du lit de noce que l’on doit montrer aux invités est typiquement dans le registre des coutumes. C’est une habitude, comme chez d’autres le rite de la jarretière, ou le pot de chambre. Quand un couple refuse ces rites alors qu’il se marie, il s’expose parfois à bien des reproches dans son entourage. Cette coutume du drap est du même type, même s’il porte plus sur l’intimité du couple.
Ce que beaucoup dénoncent dans cette affaire, c’est justement d’entrer dans l’intime d’une femme, de lui demander des comptes sur sa vie en fait. Et je comprends tout à fait que dans un pays où l’autonomie du sujet est le but ultime de notre projet de société, cela soit source de scandale. Mais cela nous fait certainement aussi comprendre que d’autres personnes, avec d’autres cultures, n’ont pas pour objectif l’autonomie, mais par exemple la vie collective, ce que nous avons totalement oublié.
Dans ce fait, nous voyons que notre modèle de laïcité n’est pas si mauvais que cela car il cherche à protéger chacun mais qu’en même temps, il va continuer de se frotter aux diverses cultures et coutumes des hommes. Ce qui se passe ici, se passera aussi sous d’autres angles dans d’autres pays. C’est aussi cela la mondialisation.

À la semaine prochaine.

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Publié dans Société

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