Quand on retourne les Saints dans leur tombe !
Chronique RCF du jeudi 9 octobre 2008.
Il y a des fois où des saints doivent se retourner dans la tombe. Je pense que c’est le cas de saint François d’Assise qui a été bien mis à toutes les sauces ces dernières semaines et derniers mois. Il y a quelques mois des hommes s’affrontaient à Cluny – d’un côté des arguments pour protéger les blaireaux, d’un autre des raisonnements pour expliquer la nécessité d'entraîner les chiens. Et dans ces discussions, l’appel à saint François d’Assise. En effet, les défenseurs des blaireaux, choqués qu’on bénisse des chiens, font appel au saint d’Italie pour s’opposer aux chasseurs. Une vision protectionniste des animaux fait appel à la protection de celui qui a accepté de vivre dans la proximité avec la nature et dans la pauvreté.
Et ces derniers jours, nous avons fêté saint François. Et que voit-on dans le journal et à la télé ? La SPA qui évoque frère François. Comme lui, les bénévoles de cette société vivraient dans l’amour des animaux, dans un don d’eux-mêmes pour ces pauvres bêtes. Enfin, des prêtres, qui aiment aussi ce saint, proposent des bénédictions pour les animaux de compagnie sur les parvis de leur église ou même à l’intérieur.
Je pense que si François d’Assise aimait les animaux, il est bien utilisé. Dans la question de la chasse aux blaireaux, il n’a rien à faire. Dans l’action de la SPA, une des associations les plus dotées en subvention, il n’a rien à faire. Et dans les bénédictions que certains prêtres font, j’ai vraiment l’impression d’un populisme et d’une grande démagogie qui ne sert pas la foi chrétienne. Bien sûr qu’un animal de compagnie vient parfois atténuer la solitude qu’une personne peut ressentir ; mais il serait peut-être plus utile de permettre à tous ces propriétaires d’animaux de se parler, de se visiter plutôt que de promener leur chien sur les trottoirs des villes ou de faire ronronner leur chat. Être chrétien, ce n’est certainement pas se renfermer chez soi, en pensant – comme je l’ai entendu – qu’un animal au moins ne peut pas nous décevoir. Chaque rencontre humaine est un risque : je risque une rencontre, je me livre et j’accueille l’autre différent, j’ose sortir de moi-même.
De plus, avec les bénédictions, de grandes confusions se font. Ainsi, des personnes pensent que leur chien, leur chat, leur tortue, sont baptisés. Un animal ne peut être baptisé, car le baptême est une réponse à l’amour de Dieu, l’expression d’une volonté libre d’être plongé dans la Résurrection, de vivre à la suite de Jésus le Christ. Un animal ne peut jamais donner son consentement. Ce genre de bénédiction fait partie de ce qu’on appelle la religion populaire. Je crains qu’elle ne soit surtout populiste en faisant plaisir à quelques personnes qui font de l’anthropomorphisme : elles attribuent aux animaux les mêmes sentiments, les mêmes traits qu’à des êtres humains.
François d’Assise en décidant de vivre pauvrement était certainement plus attentif aux êtres humains, même s’il respectait la nature et les animaux. Il faudrait sûrement le connaître mieux et s’inspirer de sa vie dans nos relations humaines, et ne pas s’en servir pour la cause animale.
À la semaine prochaine.
Bonjour,
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