Libérer par le pardon
Chronique RCF du jeudi 28 février 2008
Bonjour,
Quand on dit Carême pour les chrétiens, on sous-entend conversion, effort, changement, privation et aussi démarche de pardon. Pas de bon Carême sans un retour sur soi, pour se libérer du mal qui est en nous. Mais vous le savez tous, la confession, plus exactement le sacrement de la réconciliation, a du plomb dans l’aile. Odon Vallet dans un livre[i] très intéressant dit ne pas être étonné. On se confessait avant pour pouvoir aller communier et notre Église n’a donc pas fait beaucoup d’effort pour expliquer ce sacrement pour lui-même, mais il était comme un acte qui mettait en règle et donnait l’autorisation de s’approcher de la communion.
Souvent, certaines personnes parfois un peu loin de l’Église me demandent : « Alors tu confesses les gens, si tu es prêtre. » Je sais qu’ils se disent en eux-mêmes que je dois en entendre de bonnes et que je dois connaître ainsi quelques situations croustillantes. Ils sont déçus quand je leur dis que je ne pratique jamais ce sacrement en dehors d’un long dialogue, d’un long échange avec la personne sur sa vie. Ce n’est pas un acte que l’on doit donner à la va-vite et les célébrations où l’on doit dire au prêtre un péché, une faute parce qu’il n’aurait pas le temps autrement d’entendre tout le monde, sont insensées. Elles ne respectent pas le prêtre qui devient une oreille qui n’a pas le temps de dire la moindre parole qui vienne libérer, car il ne connaît pas assez la personne ; mais elles ne respectent pas non plus celui qui vient s’exprimer, car nous savons que l’essentiel vient après un long temps d’écoute. On ne peut exprimer que la superficialité. Ma pratique est donc soit le pardon collectif, soit le pardon personnel dans le cadre d’un chemin, d’un partage de vie, d’un accompagnement spirituel.
Mais il y a plus important que le sacrement du pardon, que sa forme ou ses rites. La question, c’est que nos contemporains puissent vivre le pardon dans leur vie quotidienne. Pardonner, c’est certainement reconnaître une part de tort mais c’est surtout dénouer en soi-même les situations. Pardonner, c’est analyser, mais c’est surtout refuser que la haine ou la rancune envahissent notre vie. Pardonner peut conduire à la réconciliation mais vient d’abord libérer celui qui souffre et lui permettre de ne pas vivre dans le malheur, s’interdisant le bonheur.
Et c’est très souvent que sans vivre le sacrement du pardon, j’aide des personnes à se libérer du mal qui est en elles, qui les ronge, qui les étouffe. Même si les formes changent, je suis persuadé qu’il y a des actions à mener pour aider certains à se libérer intérieurement. Ces dialogues ne se passent pas à l’église dans un confessionnal obscur, mais au grand jour, dans une salle à manger, une cuisine, un café ou dans la rue. Personnellement, je pense que notre Église devrait plus se soucier d’aider les gens à pardonner, que de se bagarrer sur les façons de célébrer le pardon. Il y a en plusieurs et c’est heureux. Pourvu que nous aidions les gens à découvrir que la haine n’ouvre pas l’avenir, que le pardon les libère et sera toujours pour nous, les chrétiens, un signe éclatant de la vie qui rejaillit, de ce qu’on appelle la résurrection.
À la semaine prochaine.
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