Le droit à l’indignation !

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Chronique RCF du jeudi 27 novembre 2008.

     Bonjour,
     Est-ce que dans notre monde, nous avons le droit de nous mettre en colère ? Dans une société complexe, où l’on se sent dépossédé de sa vie, où le repli sur soi risque bien d’être la règle surtout dans un temps de crise, peut-on exprimer sa colère ? L’autre soir, dans un groupe biblique, un ami disait : « La colère discrédite celui qui parle, or elle peut être juste. Dans la Bible Dieu exprime sa colère par les prophètes. Même son Fils Jésus le fera. »
     Si je désire exprimer ma colère, c’est de voir surtout la mort de l’innocent. Que ce soit ici dans notre pays ou dans le monde. Parce quelques hommes sont morts dans le bois de Vincennes à cause du froid, on va ouvrir des hébergements d’urgence. Pour quelques mois, l’État va faire un petit geste secourable pour ceux qui vivent dans la rue. Mais dès le mois de mars, dès les beaux jours, tout sera oublié. Le président de la République avait dit dans un de ses discours que s’il était élu président, il voulait que dans les deux ans, il n’y ait plus de personnes qui dorment dans la rue. Il n’a plus que quelques mois pour tenir sa promesse.
     Pourtant toutes les subventions pour soutenir les associations qui proposent des solutions et accompagnent concrètement les personnes sont à la baisse. Une association à Lyon, qui s’occupe de la santé des personnes qui vivent dans des squats, s’est vu refuser les subventions régulières qu’elle recevait. Pire, les associations comme « Droit au Logement » ou « Les Enfants de Don Quichotte » viennent d’être condamnées sur une plainte de l’État pour avoir installé des tentes pour abriter des SDF et interpeler les pouvoir publics. L’État qui porte plainte est devenu une grande habitude maintenant. Condamner ces associations est surtout une façon de vouloir les affaiblir et les faire taire. Leurs voix dérangent. Pourtant je pense que, plus que jamais, la voix des associations va être nécessaire. La misère gagne, or la misère n’est pas une fatalité, elle est le produit de l’action ou de l’inaction des hommes. Les inscriptions aux « Restaurant du Cœur » augmentent, comme dans toutes les structures qui fournissent de la nourriture.
     Est-ce qu’on a le droit de dire son indignation sans risque de poursuite ? Ce n’est plus sûr dans notre démocratie. Mais il ne faut pas regarder que la France. Une amie me disait sa souffrance de voir aux informations télévisées le télescopage de monde qui est fou. Un premier repartage montrait des familles indiennes qui vendent leurs enfants pour survivre et le suivant un navigateur du Vendée Globe Challenge qui pleurait parce qu’il avait investi des millions et n’avait navigué que trois heures avant de devoir déclarer forfait. Drôle de monde où les informations sont nivelées, où rien n’est mis en perspective vis-à-vis des enjeux du monde.
     Je crois qu’il est indispensable de ne pas discréditer ceux qui se mettent en colère. Ce qu’ils expriment, c’est le cri de douleur de notre monde. Il faut bien sûr discerner. Mais s’ils crient à l’injustice, je crois que Dieu crie par leur voix. N’ayons pas peur d’ouvrir nos oreilles et nos cœurs à l’expression des injustices. S’indigner est peut être la dernière force que certains possèdent avant d’être anéantis. Ils ont droit à notre respect, à notre écoute et à notre soutien actif.
     À la semaine prochaine.
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Publié dans Société

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