S’émouvoir !

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Chronique RCF du jeudi 22 janvier 2009.

           Bonjour,
         Je voudrais ce jour vous dire ce qui m’émeut. Ce mot n’est pas très prononçable à la radio, mais sa réalité me traverse. Très souvent dans des situations très diverses, les larmes me montent aux yeux, non pas par tristesse mais plutôt par joie profonde, simplement parce que ce que je vois ou entends me touche, me retourne, me plait.
         Dois-je le dire, voir une femme donner le sein à son enfant, voir un père de famille jouer avec son enfant, oubliant tout ce qui se passe autour de lui, est source de joie, d’émotion profonde pour moi. Ce lien qui est naturel pour les parents est très beau. Ce qui est fort, c’est l’amour que ces relations portent. Il est bien souvent difficile de mettre des mots sur ce qui est en fait viscéral, un amour qui tient aux entrailles.
         Ce qui m’émeut, c’est la parole qui s’engage. Comment ne pas être touché par les paroles du rappeur Abdel Malik quand il s’exprime si bien sur la nécessaire réconciliation entre les Hommes ? Comment être insensible au slam de « Grand Corps malade » qui nous dit que dans le handicap, dans l’immobilité de son lit de souffrance, il a trouvé le mouvement intérieur, que la force est intérieure ? Il est des chants, des musiques qui donnent le frisson tellement ils expriment avec vérité ce qu’est la vie et ses mouvements les plus profonds.
         Ce qui me touche, ce qui fait battre mon cœur, c’est de voir aussi tant de personnes désireuses de progresser dans leur vie. Je vois souvent des gens qui cherchent comment être plus vrais, être créateurs de liens, être attentifs à leur prochain. Je suis heureux de ce désir sans cesse en mouvement et je veux ici témoigner qu’il n’est pas lié à l’âge. Beaucoup d’anciens, de grands parents, ont ce désir pour leur proche et pour le monde. C’est formidable de voir l’élan et l’espérance de faire une terre plus belle, plus fraternelle.
         Mais bien sûr, ce qui me retourne aussi c’est quand je vois la souffrance des hommes. Non pas la pauvreté qui s’étale mais plutôt l’histoire qui conduit les êtres à la pauvreté ou à des situations incroyables, parfois insoupçonnables. Il y a la douleur, la souffrance psychologique parfois encore plus forte que ce qui peut atteindre le corps. Ce qui me touche, ce qui va m’émouvoir, ce n’est pas tant la douleur que la force intérieure et la vulnérabilité de l’être.
         Permettez-moi enfin de vous dire une dernière chose. Je suis souvent ému par les mains qui se tendent à la messe. De voir ces mains si différentes, fortes ou maigres, lisses ou calleuses, mains blessés parfois, mains avec des alliances. Quand je vois ces mains si différentes se tendre pour recevoir le pain, ce que nous accueillons comme le corps du Christ, cela aussi me retourne intérieurement. C’est très beau de voir ces gens si divers désirer une même présence d’amour.
         S’émouvoir n’est pas être faible, c’est laisser la sensibilité de son être s’exprimer.
         À la semaine prochaine.
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Publié dans Société

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