Précarité / sécurité !

Publié le

Chronique RCF du jeudi 02 avril 2009.

         Bonjour,
         Cette semaine se déroule à Chalon sur Saône un festival sur la mémoire, l’inter-culturalité et la lutte contre les discriminations. C’est Idir, chanteur kabyle, qui est le parrain de cette deuxième édition. Lors de l’ouverture du festival, il nous disait qu’enfant il pensait que le monde s’arrêtait aux frontières de son village et qu’ensuite l’école lui a appris à voir le monde.
         Tout au long de la semaine, il y a une multitude d’activités diverses : spectacles, expositions, cinéma, dialogues dans les cafés, mais aussi des conférences et des débats. C’est un programme très riche et que beaucoup devraient pouvoir suivre. Ainsi j’ai pu entendre certains éléments de réflexions et des remarques très intéressantes pour réfléchir la vie. Souvent, nous réfléchissons à partir de ce que nous sommes. Un simple exemple qui nous a été donné : comme nous sommes dans une société où la sécurité est importante, on peut penser l’égalité des hommes et des femmes. On en a même fait une loi, la parité. Imaginons maintenant être sur un bateau qui est en train de couler : que ferons-nous ? Appliquerons-nous sur les canots de sauvetages la parité, un homme – une femme, 50/50 ? Non, ce que nous ferons, ce sera ce que l’humain a toujours fait, crier « Les femmes et les enfants d’abord », car que ce soit la femme ou l’enfant, ils sont l’avenir. Vous voyez : selon que nous sommes en sécurité ou dans la précarité, tout peut changer.
         Avons-nous conscience que beaucoup de personnes se sentent dans une précarité de vie, que beaucoup d’humains sont encore aujourd’hui face à la question de leur survie ? Avons-nous conscience que nos schémas de pensée fonctionnent dans un espace du monde relativement en sécurité ? Avons-nous conscience que cette sécurité est récente, que 50 ou 100 ou 200 années d’un modèle qui donne des garanties, c’est une durée très courte par rapport à l’histoire de l’humanité. Bien sûr réjouissons-nous qu’une partie du monde soit dans cette vie plus sereine où le quotidien n’est pas hanté par la survie.
         Mais cela nous appelle à essayer de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, à mieux comprendre les questions de migration aujourd’hui. Vous demandez vous pourquoi 257 Africains ont risqué leur vie sur un bateau pour rejoindre l’Europe ? 234 sont morts. Comprendre le point de vue de l’autre, cela demande d’abord de savoir comment il se ressent. Se sent-il précaire, menacé (lui ou son entourage), se sent-il au contraire en sécurité matérielle, affective, sociale, professionnelle… ? C’est la base du dialogue. Si on ignore ce qu’est l’autre, ce qu’il ressent, on ne peut réagir qu’à partir de son point de vue à soi. On ne peut pas alors se décentrer de soi même, pour entrer dans un vrai dialogue, celui de deux personnes qui livrent mutuellement leur parole, leur regard, leurs désirs profonds.
         Agir pour l’inter-culturalité, agir pour lutter contre les discriminations demande ce décentrement, exige de s’intéresser à ce que vit l’autre et de comprendre sa recherche. Ce festival est une belle occasion de réfléchir et de partager, de métisser nos vies.

À la semaine prochaine.

Publicité

Publié dans actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Où sont passé les commentaires ???
Répondre
S
<br /> Ils sont toujours là suite aux chroniques. Je ne les ai pas supprimé permettant à chacun de voir et de penser.<br /> <br /> <br />