Redécouvrir le dialogue !
Chronique RCF du jeudi 9 avril 2009.
Bonjour,
C’est aujourd’hui le jeudi saint, le jour où nous nous rappelons de Jésus qui célèbre son dernier repas. Le jour où l’on fête ceux qui perpétuent dans notre Église Catholique ce service et ce rappel de la Cène, les prêtres dont je fais partie.
Comme notre évêque nous le rappelait à l’occasion de la messe chrismale, nous ne sommes pas prêtres « suite à un casting ». Nous ne sommes pas les plus intelligents, les plus beaux, les plus forts des hommes. Nous sommes des humains, avec tous les chrétiens, avec nos richesses et nos limites, nos pauvretés. La foi, si on ne veut pas la réduire à une spiritualité personnelle qui deviendrait intransmissible, a besoin d’hommes et de femmes qui cherchent avec leurs qualités et leurs défauts à l’incarner. La foi ne peut se passer de nous. Nous sommes parfois des révélateurs, des porteurs du message de Jésus et nous sommes parfois ceux qui le déforment, le défigurent.
Je suis personnellement toujours heureux de vivre ce ministère qui est d’abord un service. Dans les célébrations mais aussi dans une disponibilité à ceux qui sont dans le besoin, j’essaye d’incarner à ma façon le message d’unité, de dignité, de réconciliation, de respect que Jésus est venu proposer à l’Homme. Comme tous les prêtres, je marche sur une ligne de crête dont on parle peu dans l'Église, une ligne étroite et donc difficile à tenir entre d’un côté les orientations, les règles de l’institution et de l’autre la situation des gens, tels qu’ils se présentent et non comme je les rêve.
Je crains que l’institution, la curie romaine, et j’ose le dire pour ne pas être hypocrite, le Pape, n’entendent plus la vie réelle des gens et qu'ils ne puissent être sur cette crête qui est celle du pasteur. Je crois qu’on ne peut pas parler le même langage à celui qui vit dans la sécurité matérielle et à celui qui cherche à survivre chaque jour. Je crois qu’il faudrait revenir au terrain, parler du concret de nos paroisses, des gens qui sont à mille lieues du sens de nos sacrements, qui ne connaissent pas l'Évangile. Ce qui manque, c’est le dialogue sur le réel. Cela me rappelle parfois, il y a quelques années, des réunions avec le sous-préfet sur la politique de la ville pour nos quartiers dits « difficiles » où à peine un problème est énoncé que surgit une réponse technique, sauf que la situation des gens dans le quartier ne change pas.
Qu’est ce qu’être pasteur dans l’Église, qu’est ce que guider ? Être un perroquet du catéchisme de l'Église, des principes, être celui qui se tient du côté de la loi immuable, être de ceux qui, par sécurité pour ne pas risquer leur réputation ou leur avenir carriériste, se mettent toujours du côté de l’institution, négligeant la vie réelle des personnes rencontrées ? Pour moi, être pasteur, c’est d’abord écouter puis accompagner, permettre un pas réalisable, pas un grand écart ; donner à réfléchir pour que chacun exerce sa liberté et non pas suivre un code, des règles.
Pour moi, ce qui manque, c’est la rencontre de deux paroles : celle de la base des chrétiens et celle des responsables que sont les évêques. Deux paroles qui se rencontrent peuvent alors ouvrir à ce qui se nomme : dialogue.
À la semaine prochaine.
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