ARMENIE, ENCORE UN EFFORT POUR LA PAIX.
Chronique RCF du jeudi 05 octobre 2006.
Bonjour,
Notre Président de la République vient de faire un voyage en Arménie. Pour la première fois un Président de la France pose les pieds sur le sol arménien. Ce qui a été retenu de ce voyage, c’est surtout les propos de M. Chirac sur l’indispensable reconnaissance par la Turquie du génocide qui a tué un million cinq cent mille Arméniens. Il est bien évident que ce serait une étape importante qui permettrait sûrement à ces deux peuples qui se haïssent beaucoup de commencer un chemin de réconciliation.
Mais cette visite avait d’autres buts. Tout d’abord le lancement de l’année de l’Arménie en France. Plus de 500 manifestations sont prévus pour faire connaître et découvrir la culture, l’histoire et la vie des Arméniens aujourd’hui. C’est une bonne chose que de permettre ces découvertes, car pour fréquenter des Arméniens vivant en France, je peux vous dire qu’ils savent bien plus de choses sur notre pays, notre histoire, notre culture, nos grands auteurs que nous n’en savons sur eux. M. Chirac a aussi inauguré la Place de France, symbole de ce lien entre les deux pays. 500 000 personnes d’origines arméniennes vivent en France, suite à plusieurs vagues d’exil.
Depuis plusieurs années, le conflit du Caucase entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a envoyé sur les routes des habitants de ces deux pays. Personne ne parle de cette situation où ces deux pays ont envahi chacun une partie du Haut-Karabakh. Le premier octobre dernier un soldat Arménien a été tué et un soldat Azerbaidjanais dans un autre affrontement. Aucune ligne dans nos médias français, car depuis 1994 où le cessez-le-feu est intervenu, personne ne parle de ce conflit qui n’est toujours pas réglé. Et je ne parle même pas du racisme entre ces deux peuples, qui est quotidien.
Si M. Chirac donne un signe d’amitié à ce pays, et je pense que c’est important, il soutient aussi un pouvoir qui est ambigu. Il a encouragé ce pays à plus de démocratie et à œuvrer pour la paix dans la région. Il a même appelé de ses vœux que cette Place de la France à Erevan (capitale de l’Arménie) soit aussi Place de la Paix. Mais il n’a rien dit sur le rêve arménien de l’Ancienne Grande Arménie. Le rappel de l’histoire et de la puissance passée est toujours dans l’inconscient collectif. Tous les Arméniens rêvent que le Mont Ararat revienne en terre d’Arménie.
Et puis rien n’a été dit sur le système mafieux du pays que des rapports de nos parlementaires ont pourtant montré du doigt. Si la communauté arménienne est forte en France, il ne faudrait pas que son lobbying empêche nos gouvernants de dénoncer les milices locales et les réseaux mafieux, avec lesquels le président arménien n’est pas sans lien.
Bien sûr, ce n’est pas en marginalisant ce pays que nous aiderons ses habitants mais il ne faut pas être naïfs. Les intérêts français sont importants. De nombreuses entreprises s’installent et se développent notamment les entreprises de services, banques et assurances.
C’est donc au cœur de toutes ces dualités que nous allons vivre l’année de l’Arménie en France en espérant que cette ouverture permettra aux Français de prendre conscience des richesses de ce pays et qu’en même temps le souci du respect des droits de l’Homme soit amplifié encore. Charles Aznavour a encore chanté la paix pour qu’elle advienne.
À la semaine prochaine.
Stéphane Boyer
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