Concertation gouvernementale ! ?

Publié le par Boyer Stephane

Chronique RCF du jeudi 15 novembre 2007

Bonjour,

 

Rachida Dati se défend bec et ongle face aux levées de bouclier contre sa réforme de la carte judiciaire. Elle dit avoir consulté avant de décider ! Je pense qu’elle a effectivement fait quelques consultations mais je crois qu’elle a consulté des personnes surbookées par leur travail dans les tribunaux. Je crains que, de toute façon, les grandes décisions aient été déjà prises à l’avance. La façon qu’ont les responsables politiques de décider est quand même très bizarre.

 

J’ai été amené à plusieurs reprises à participer à des réunions de concertation, que ce soit au niveau municipal ou en lien avec la préfecture, que ce soit sur l’aménagement des quartiers ou la sécurité, la lutte contre la violence ou les questions de l’illettrisme, la lutte contre la pauvreté. La semaine dernière, une nouvelle concertation s’est présentée à moi. Dans le cadre du ministère de la ville, le sous-préfet de Chalon était chargé de prendre l’avis de différents acteurs de terrain sur ce qui est nécessaire pour favoriser une meilleure insertion professionnelle, pour progresser dans la réussite éducative et scolaire, et pour désenclaver les quartiers, en particulier autour de la thématique de la culture.

 

J’ai donc assisté durant trois heures à une réunion où beaucoup d’intervenants étaient présents. Il y avait des chefs d’entreprises, des responsables de l’ANPE, de la mission locale, des enseignants, des habitants des quartiers dits « difficiles » et quelques responsables d’associations. Chacun a placé sa phrase, son mot, a défendu ou justifié ses actions. Des choses fortes intéressantes ont été soulignées : que ce soit sur la discrimination réelle que vivent les populations d’origine étrangère dans l’accès à l’emploi ou la difficulté pour certains enfants d’avoir un soutien familial pour leur scolarité, ou même pour être encadrés dans la vie courante.

 

Personnellement, j’ai été choqué. Durant la rencontre de trois heures, je n’ai vu personne prendre de notes sur ce qui se partageait. Je veux bien que les responsables de la sous-préfecture soient des personnes très compétentes, douées d’une bonne mémoire mais que pourront-elles faire remonter à la ministre de la ville, alors qu’aucune de nos paroles n’a été prise en note ? J’ai juste vu le sous-préfet sortir un petit papier et un crayon pour noter quelques mots. J’ai donc bien peur que ne soit relayée au gouvernement que l’impression de ces personnes et en aucun cas les propos objectifs des acteurs de terrain. J’ai bien peur que les questions de fond soient oubliées.

 

En effet, le problème de la politique de la ville est que tout est devenu un marché. Même la pauvreté et les précarités de nos quartiers sont un marché. Un problème de soutien scolaire : l’état lance un appel d’offre et des institutions, des entreprises, des associations nationales se mettent en lice pour récupérer les crédits débloqués. Un problème de violence : et hop ! appel d’offre. Un problème d’accès à l’emploi, de discrimination : appel d’offre. Et les crédits partent en fumée pour des professionnels qui ne vivent pas dans les quartiers, qui créent du lien social la semaine mais qui ne sont pas là le week-end ni durant les vacances.

 

J’aimerais vraiment que la parole des habitants soit entendue. Je crois que des professionnels peuvent apporter des compétences. Mais je crains que les technocrates et le ministre ne sortent de leurs cartons des réformes bien éloignées de ce que nous pouvons espérer. Mais que voulez vous, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été consulté !

 

À la semaine prochaine.

 

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F
C'est toute l"hérésie de la démocratie dite participative : on fait croire au citoyen que l'on prend en compte son avis tout en continuant de prendre les décisions sans lui. Je trouve ta remarque sur ces professionnels qui créent du lien social la semaine et sont absents les WE et vacances (malheureusement !) très pertinente. Il reste alors peut-être aux "résidents" de se donner les moyens de concurrencer les "pros" directement sur le terrain, ce que font de mieux en mieux certaines associations. Soyons optimistes, au milieu de ce gachis, certains parviendront quand même à faire quelque chose de bien.<br /> Amitiés
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