Denier de l'Eglise. Merci !
Chronique RCF du jeudi 23 février 2006
Bonjour,
Dans notre diocèse, va commencer au mois de février, la campagne du denier de l’Eglise. Cette campagne est un appel au don, pour que les prêtres et les salariés laïcs de notre diocèse puissent vivre décemment. Actuellement, les salariés laïcs chargés de l’animation de la pastorale – catéchèse, aumôneries de l’enseignement public, mission ouvrière, … - sont payés au SMIG. N’oublions pas que leur emploi est précaire puisque soumis au renouvellement de leur mission tous les trois ans. Pour les prêtres, le revenu mensuel que le denier de l’Eglise permet de recevoir est de 468 €. Le diocèse paye en plus les charges patronales et les diverses cotisations.
Comme l’Eglise est séparée de l’Etat et je m’en réjouis, c’est aux catholiques de subvenir aux besoins de leurs prêtres et des laïcs qui ont mission. Ce moyen du denier de l’Eglise est juste, en ce sens que tout prêtre quelque soit sa fonction touche le même revenu. C’est socialement très bon. Mais le denier de l’Eglise est insuffisant pour permettre un revenu correct. Les dons ne couvrent pas la totalité de la dépense. Alors pour assurer un revenu décent, l’Eglise complète le revenu des prêtres à hauteur de 350 € par des honoraires de messes. Vous savez, les fameuses messes ! Combien de fois lorsque quelqu’un vient demander à la paroisse que l’on prie pour un défunt ou demande plus rarement une messe pour remercier d’un évènement heureux, il y a cette petite phrase : « combien je vous dois ? »
René Berthier dans son dernier livre : un audit personnel sur l’Eglise Catholique en France[1] appelle a « une courageuse éducation du peuple chrétien ». Il rappelle que « la prière ne peut pas être rémunérée ». Il est indispensable de sortir de ce système d’honoraires de messes. Personnellement je pense qu’il vaudrait mieux que chacun donne plus au denier de l’Eglise, plutôt que de donner de l’argent pour une intention de messes, avec souvent inconsciemment l’espérance que le défunt soit accueilli auprès de Dieu. C’est manquer de foi, en cet amour inconditionnel de Dieu pour nous tous.
Je pense aussi qu’il serait bon que les prêtres travaillent au moins à mi-temps en dehors de l’Eglise. Cela permettrait d’assurer un revenu minimum et nous donnerait une ouverture sur la société. Ne sommes nous pas fait pour vivre ce dialogue avec quiconque, plutôt que de rester fermé dans nos églises et nos presbytères ? Je pense que ce sera dans quelques années une nécessité. Il serait bon de s’y préparer et de préparer les futurs prêtres dans les séminaires à cette éventualité.
Je rappelle qu’un prêtre ne s’engage pas à son ordination à célébrer la messe chaque jour pour toucher ses 350 € à la fin du mois. Il s’engage à prier pour les hommes à travers la prière des Heures. Si les siècles passés ont fait du prêtre une sorte de moine dans les paroisses, je pense que le prêtre doit avant tout essayer de dire l’Amour de Dieu par son attitude. Les discours ne servent pas à grand-chose, seul les actes comptent. S’engager au service des plus pauvres, écouter ceux qui ont besoin de se confier, accompagner et faire connaître, aimer la Parole de l’Evangile, voilà déjà un beau programme. Comment faire connaître cet Evangile si nous restons avec ceux qui viennent vers nous ?
Le dernier de l’Eglise est indispensable et si chacun donnait plus ou plus exactement autrement, on pourrait sortir de cet amalgame des honoraires de messes. Mais peut être la difficulté d’argent, nous permettra-t-elle d’inventer de nouvelles façons de vivre un ministère au service des Hommes, par le travail et des présences nouvelles ?
À la semaine prochaine.
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