Fécondité !
Chronique RCF du jeudi 18 décembre 2008.
Bonjour,
C’est très souvent que les gens me parlent de la question du célibat des prêtres. Beaucoup ne comprennent pas cette obligation, elle leur paraît tellement contraire à l’épanouissement d’une vie : se priver de conjoint, se priver d’enfants, de priver d’une vie affective et sexuelle. Bien sûr que personnellement, je regrette la rigidité de mon église qui refuse en occident d’ouvrir le ministère de prêtre à des hommes qui pourraient se marier ou être mariés. Dans un monde où la liberté est un principe très fort, cette interdiction est irrecevable dans notre société et si l’Église acceptait un dialogue, une vraie réflexion avec tous les chrétiens sur cette question, ce serait un signe d’ouverture pour beaucoup.
Mais je dois dire que ce qui rendrait ma vie, comme celle de mes confrères insupportable, ce serait de vivre une vie stérile. Je m’explique. Même si je n’ai pas fondé une famille, même si je n’ai pas cette joie de donner naissance à des enfants, ma vie n’est pas sans sens, n’est pas sans fruit. Ma vie serait bien triste si je sentais que mon activité et ma vie ne procuraient pas de la vie. En fait, que l’on soit prêtre ou laïc, que l’on soit célibataire ou marié, ce qui compte c’est d’avoir une vie féconde. La vie n’a de sens que si elle porte du fruit et que l’on peut mesurer par moment cette vie qui passe, se partage, se multiplie.
Dans ma vie, je pense que la fécondité est très en lien avec l’écoute. Quand on est dans cette attitude attentive, on peut dialoguer et ouvrir des chemins de vie. La parole fait vivre, donne vie, anime, encourage, permet de prendre conscience. Le ministère de prêtre est orienté autour de cette dimension de l’écoute. Il y a tant de choses qui peuvent bouger et changer dans la vie si une personne se sent comprise, si un dialogue vrai se crée. La parole est libération et donc pour moi elle est vie, fécondité.
Une autre façon de vivre et de développer une vie féconde, c’est la dimension du service. Il y en a de toutes sortes. Des petites choses au quotidien : du ménage, un courrier, des courses pour que quelqu’un mange. C’est aussi des services qui prennent la forme du combat : lutter contre la discrimination à l’embauche et contre les préjugés liés aux apparences, permettre à ceux qui ont vécu des souffrances souvent inimaginables pour la plupart de nous, d’obtenir des papiers et un avenir apaisé, mais aussi travailler à organiser un temps fort pour les aumôneries, construire avec les jeunes la démarche d’année de la JOC, préparer Noël avec une poignée de chrétiens, et tant d’autres choses où le service est simple et naturel, une évidence qui me rend heureux, un plaisir qui est source de justice, de joie, de confiance, d’amitié. Et cette vie-là, je ne voudrais pas m’en passer.
Une dernière dimension qui ouvre à la fécondité, c’est la spiritualité. Si nourrir le corps et se soucier de la santé de ceux que je rencontre est important, je crois que ce qui nourrit mon être, c’est la spiritualité. Au risque de me répéter, le silence, la méditation de l’évangile et de ma vie est vraiment une source infinie de vie, de fécondité, de renouvellement intérieur. Plus encore, c’est cela qui irrigue le service et l’écoute.
Cela pourrait être une façon de faire un bilan d’année 2008 : regarder comment notre vie a été féconde, source de mille joies et mille fruits.
À l’année prochaine.
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