L'oubli c'est le pire.
Chronique RCF du jeudi 22 juin 2006
Bonjour,
Pendant que des joueurs de football, représentant leurs pays, se battent lors des matchs de la coupe du monde, il est important de ne pas oublier que bien des fois le combat n’est pas sportif mais bien au contraire physique et inhumain. Si en Allemagne en ces jours toutes les nations sont rassemblées dans la joie, ailleurs c’est différent.
Aujourd’hui, une amie russe me disait comment on meurt dans son pays, simplement parce qu’on a une tête différente. Des personnes de type arménien, tchétchène, ou qui ont une couleur de peau différente, comme les Africains, peuvent être tuées sans autre raison que leur différence. L’université des peuples à Moscou, qui a reçu tant d’étudiants du monde entier, est devenu un lieu dangereux. Le nationalisme que M. Poutine encourage discrètement et le climat d’insécurité qui lui permettra de changer la constitution pour être réélu une 3ème fois, sont un mal dont personne ne parle dans les journaux. Notre pays vit dans l’ignorance complète de cette situation dramatique des personnes étrangères en Russie.
Mardi dernier, c’était la journée internationale du réfugié. Je peux vous dire la terreur que je vois dans les yeux de ces demandeurs d’asile qui vivent chez nous et qui risquent d’être arrêtés à tout moment et expulsés. C’est une vraie terreur qu’ils vivent au quotidien, qui les ronge, les fatigue moralement et nerveusement. Comment rassurer ? Comment peut-on laisser durant des années des personnes vivre dans l’inquiétude et la clandestinité ? Personnellement, je pense que ces situations nous appellent à la résistance, à refuser le pouvoir arbitraire de la commission de l’OFPRA (Office français des personnes réfugiées et apatrides). Comment prouver des persécutions quand la souffrance, le traumatisme de l’histoire personnelle empêchent de parler facilement ? Rien ne peut se faire sans confiance.
Je n’oublie pas qu’ailleurs, comme en Pologne depuis quelques mois, d’autres violences et combats ont lieu. Le président et son frère jumeau premier ministre ne se sont pas gênés pour stigmatiser durant leur campagne électorale les personnes homosexuelles. Plusieurs jeunes hommes ont été tués ces derniers mois. Depuis, le pouvoir a mis un tout petit peu d’eau dans son vin : intégration à l’Europe oblige. Mais sur le fond, en Pologne comme encore dans une majorité de pays et parfois en France, les personnes homosexuelles sont assassinées, ou bien arrêtées et condamnées.
Je n’oublie pas que les femmes sont encore plus souvent l’objet de souffrances. Dans de multiples pays, les droits les plus simples leur sont refusés : conduire, se déplacer librement, s’instruire, choisir son époux, avoir un travail, et une multitude d’autres situations.
Pourquoi parler de tout cela alors qu’on pourrait tout oublier, les yeux rivés sur la télé ? Simplement parce que je crois qu’une des principales faiblesses de l’être humain est d’oublier. Oublier son prochain, oublier ce qui dérange, ce qui appelle à engager ses forces. Oublier notre chance de vivre la liberté, de vivre relativement richement. Oublier que beaucoup d’autres ne vivent pas forcément tristement mais survivent. Les jeunes de la profession de foi feront-ils de cette journée une occasion de partage avec les plus pauvres, comme je le leur ai suggéré ? J’aimerais bien, car si, tout jeune, on apprend le partage et qu’on y découvre la joie, on risque de ne pas oublier, même si on ne peut pas tout changer. Alors réveillons nos consciences, jour après jour. Nous ne perdons jamais notre temps quand nous prenons soin des autres.
À la semaine prochaine.
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