MEMOIRE STIMULANTE
Chronique RCF du jeudi 26 octobre 2006
Bonjour,
Nous avons le 15 octobre dernier, avec les collégiens de l’aumônerie de l’enseignement public, vécu un rassemblement qui avait pour thème : la mémoire. Indispensable au quotidien, pour vivre, se repérer, entrer en relation, la mémoire pose problème dans notre société qui zappe et qui vit souvent sur le futile. La mémoire est si importante et en même temps si absente qu’elle revient par d’autres chemins.
Ainsi le film Indigènes est une illustration assez claire de ce syndrome de l’oubli. En voyant ce film, très bien joué et qui m’a touché, je me disais : « Voilà bien une page de l’histoire de notre pays dont personne ne nous a parlé ». Et ce n’est que justice de réhabiliter auprès du grand public ce que des hommes venant des colonies ont su faire pour notre pays : servir la liberté et avec quelle légèreté notre reconnaissance a fait défaut. Les pensions de ces militaires seront revalorisées mais les arriérés passent à la trappe. Drôle de mémoire…
Mais un tout autre exemple illustre cette difficulté de la mémoire. Les députés qui ont voté un amendement pour que toute personne niant le génocide arménien soit condamnée montrent que la mémoire et sa construction collective n’est pas facile. Il est vrai que la Turquie elle-même n’a pas fait ce travail de vérité et de prise de conscience. Comment construire une mémoire avec ce qui parfois fait mal ?
Ce qui est vrai au niveau collectif est vrai au niveau personnel. Chacun de nous, nous occultons ce qui nous dérange, ce qui peut être source de souffrance en nous. Et pourtant l’être humain trouve sa liberté quand il est capable de mettre des mots sur son histoire, de nommer son chemin. L’accès à la liberté passe par l’accès à la conscience, que celle-ci soit personnelle ou collective.
La fête de la Toussaint que nous allons célébrer dans quelques jours et en particulier le 2 novembre, jour des défunts, ne sont pas là pour nous remettre dans la tristesse mais, bien au contraire, pour nous permettre de comprendre ce que nous avons vécu avec tous ceux qui ont quitté notre vie, pour nous rappeler le chemin parcouru ensemble et comprendre que cela est marqué par une fin dans ce partage humain, ce qui est loin d’exclure d’autres formes de communion par le pensée, la spiritualité, la foi.
La mémoire permet de réconcilier chacun de nous avec son passé qui est à assumer, plutôt qu’à fuir. C’est à ce prix que la liberté trouve son chemin en nous et que l’avenir s’ouvre sans cesse. Ce n’est pas sans souffrance, ce n’est pas non plus sans joie : celle d’avoir vécu ce qui nous a été donné. Sans mémoire assumée, c’est la fuite en avant. Avec la mémoire, c’est la paix qui peut s’installer et donner de créer sereinement son existence. C’est bien sûr ce que je souhaite pour nos sociétés et pour chaque être humain.
À la semaine prochaine.
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