PARLONS FRANCAIS DANS LES EGLISES
Chronique RCF du Jeudi 09 novembre 2006.
Bonjour,
À l’occasion d’un petit séjour dans l’ouest de la France, je discutais avec des amis de l’évolution de l’Église, de ce qu’elle donne comme impression à l’extérieur. Pour tous ceux qui ne connaissent pas les coulisses de cette vieille institution, il est bien difficile de saisir ses évolutions. Car les signes donnés sont plutôt de régression.
Les évêques réunis à Lourdes ont dû voir pas mal d’échange pollué par les décisions romaines. L’évêque de Rome, Benoît XVI, a le souci et la mission de l’unité de l’Église catholique romaine. Cependant en créant une structure pour les intégristes, sans concertation, il crée le trouble et de nouvelles divisions ne sont pas loin. En réintégrant M. Laguérie, prêtre qui a occupé de force des églises, qui s’oppose toujours violemment au dialogue entre les religions et à l’œcuménisme, le simple prêtre que je suis se dit que son Eglise marche sur la tête. Les intégristes lefebvristes ont compris depuis longtemps qu’ils n’avaient aucun avenir en solo. Encore une ou deux générations et ils devenaient un groupuscule sans avenir. En étant reconnus comme un groupe à part, avec sa propre liturgie, ils comptent bien pouvoir drainer officiellement tous les déçus d’un catholicisme ouvert.
Il est indispensable de rappeler que si l’Église a utilisé le latin dans sa liturgie, c’est tout simplement pour parler la langue du peuple. La Bible de saint Jérôme au IVe siècle s’appelle la Vulgate, c’est-à-dire la Bible écrite en langue vulgaire, dans la langue des gens de l’époque. Mon souci n’est donc pas de parler latin, ce qui est entièrement dépassé. (Si nous devions chercher une langue parlée par beaucoup, il faudrait certainement faire la messe en anglais, et très certainement bientôt en chinois. Mais nous n’en sommes pas là.) J’aimerais qu’on puisse déjà parler un français compréhensible par tous.
Quand dans nos messes, on parle de Rédempteur, je me demande qui comprend vraiment le sens de ce mot. Quand on parle de Dieu créateur, je me demande quelles images les gens ont dans leur tête. Quand on parle de résurrection, je serai bien curieux de savoir ce que chacun imagine. Si aujourd’hui nous avons des efforts à faire, c’est certainement pour avoir des expressions accessibles et compréhensibles, audibles par le plus grand nombre.
En fait, l’Église a de gros efforts à faire, quand j’écoute mes amis qui ne sont pas plus imbéciles que la curie romaine : efforts pour donner un message de confiance en chaque être humain, efforts pour rappeler que la conscience individuelle concernant toutes les décisions personnelles est profondément respectable et respectée, efforts pour parler avec simplicité de l’essentiel, le message de Jésus le Christ. (Il est indispensable, sans oublier l’histoire et en l’assumant, de rentrer dans un nouveau départ. Permettre à tous ceux qui le veulent de découvrir l’absolue richesse du message évangélique. Appel à l’amour comme premier en tout, appel au pardon sans cesse ouvert, appel à l’espérance, à la liberté que chacun doit conquérir sur sa propre vie, appel à la réalisation personnelle et collective.)
Alors ce qui est sûr c’est que je ne m’encombrerai jamais la tête de latin. Mais je serai toujours partant pour chercher à actualiser la Bonne Nouvelle dans le concret et l’actualité de notre monde. Je serai toujours partant pour chercher à rendre accessibles la vie et les paroles de Jésus-Christ. C’est bien plus passionnant et plus important que les derniers soubresauts pour une langue morte. Vive le français et toutes les langues vivantes qui vibrent de la vie des habitants de la planète.
À la semaine prochaine.
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