JOIE DES PETITES NAISSANCES

Publié le par Boyer Stephane

Chronique RCF du jeudi 14 décembre 2006
Bonjour,
Au cours de ces dernières semaines, diverses rencontres m’ont permis de saisir de plus près la grande inquiétude, la grande précarité qu’engendre le chômage. J’ai vu plusieurs jeunes ayant un peu plus de 20 ans et tous avaient plus ou moins des difficultés avec leur recherche d’emploi.
Début décembre, l’un d’eux me disait : « On va me couper le téléphone et la télé par le câble, car je n’ai pas pu payer. D’ailleurs, je ne sais pas trop ce que je vais manger. Quand durant des jours, on passe dans des agences d’intérim et que jour après jour le même refrain revient : “Il n’y a rien”, on voit que la motivation s’amenuise, que le découragement pointe le bout de son nez. Ne pas savoir si demain sera un jour travaillé est pour moi une violence plus forte que bien des violences répertoriées par le ministère de l’intérieur. Ce n’est pas les mêmes, mais c’est violent de comprendre, au fur et à mesure que les jours passent dans le mois, qu’il n’y aura pas de travail ou peu et donc pas de revenu ou peu. »
Une autre situation de jeune que j’ai rencontrée. Suite à un décès dans sa famille, il était dans l’obligation de quitter l’appartement où il se trouvait. Il trouve un petit logement au bout de quatre mois ; c’est déjà bien. Mais ensuite vient l’autre question, comment déménager ? Pas de voiture, peu d’entourage. Louer un camion, il n’en est pas question. Quand on n’a pas beaucoup de revenus, ça coûte très cher par rapport à l’argent disponible. Là aussi, il y a eu de l’inquiétude, de l’incertitude, jusqu’à ce qu’on trouve ensemble l’aide d’un ami pour organiser et transporter toutes les affaires.
Heureusement beaucoup de jeunes sont bien accompagnés par leurs parents vers l’autonomie d’une vie adulte. Mais quelques-uns vivent de vraies galères. Tout devient vite compliqué et, sans cesse, des grains de sable se glissent dans les engrenages de la vie. Et tout se bloque. Et très vite, ils risquent de tout envoyer bouler.
Ce qui me semblerait vraiment nécessaire, c’est, pour ces jeunes, un accompagnement d’adulte, un peu comme un parrainage. Ce n’est pas forcément les moyens financiers qui coincent le plus, mais c’est la motivation qui s’épuise. Avoir des adultes qui relancent, qui encouragent, qui donnent le coup de main quand c’est nécessaire, avoir des adultes avec qui parler et qui peuvent aussi mettre quelques limites serait souvent nécessaire pour des jeunes de 18 à 25 ans, abandonnés par leur famille.
Ce qui manque le plus dans notre société, ce n’est peut être pas le soutien financier mais plutôt un soutien humain. C’est difficile car cela demande de donner du temps et de l’énergie. Mais quelle joie quand les meubles sont installés et que la crémaillère est pendue, quelle joie quand un jeune arrive et vous dit : « J’ai du boulot ». Elle est d’autant plus belle qu’elle arrive souvent après un chemin fait d’aridité. N’avez-vous jamais ressenti cette joie ?
C’est cette joie qui est pour moi le plus beau cadeau de Noël. Quand ces jeunes ont une journée ou une semaine de boulot, quand ces jeunes s’installent dans un appartement et se prennent en main, c’est pour eux une petite naissance, une renaissance. C’est aussi ça Noël, fêter la vie nouvelle.
À la semaine prochaine.
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Publié dans Société

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