Vous avez dit : ? "discrimination !"

Publié le par Boyer Stephane

Chronique RCF du Jeudi 19 janvier 2006
Bonjour,
Il y a des mots qui apparaissent dans le vocabulaire du quotidien. En général, ces mots sont lancés pour dire une nouvelle idée. Mais si ensuite, ils sont utilisés par tous et pour tout, ils perdent tous sens. Depuis quelques années le mot « discrimination » est apparu. Souvent ce mot est lié à des minorités. Par exemple, des villes qui devraient avoir des aires de stationnement pour les nomades n’en n’ont pas. C’est discriminant car ces communes ne respectent pas une loi qui est là pour que la liberté de circulation des nomades soit respectée. Ou bien, un demandeur d’emploi à formation et à expérience égales sera refusé à cause de son pays d’origine, où parce que c’est une femme : c’est discriminant car la loi interdit ces critères dans le choix, même si on sait qu’ils sont fréquemment utilisés.
Il est indispensable quand on parle de discrimination de bien situer les problèmes. La discrimination est le fruit d’un rejet alors que la loi reconnaît un droit. Cette loi est formelle, comme le droit du travail, les droits de l’Homme et du Citoyen, les lois françaises ou européennes. Il n’y a pas discrimination quand la loi dit le contraire. La loi interdit l’euthanasie, c’est n’est pas discriminant qu’un médecin refuse cet acte ; mais si elle était autorisée par la loi et si un médecin la refusait, cela pourrait être discriminant.
Il en est de même dans un grand débat qui n’a pas fini d’agiter la société d’ici les élections de 2007, sur la question du mariage homosexuel et de l’adoption d’enfants par ces couples. À ce jour, il n’est pas discriminant qu’un couple de même sexe ne puisse pas se marier. Que certains trouvent cela injuste et militent pour faire changer la loi, c’est leur droit et je dirais même leur devoir de citoyen. Mais ce n’est pas une discrimination à ce jour. À l’opposé, quand M. Nesme, député du Charolais qui a lancé un manifeste s’opposant à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels (et c’est son droit le plus absolu) dit qu’en acceptant l’adoption d’enfant on créerait une discrimination nouvelle puisque « certains enfants se trouveraient privés d’un père et d’une mère avec une filiation vraiment lisibles », il se trompe. On créerait une injustice, une situation insupportable, blessante peut être mais pas discriminante puisque c’est la loi qui l’autoriserait.
Le mot de « discrimination » ne doit pas être utilisé de façon intempestive. La discrimination c’est un acte produit par une personne qui refuse l’autre à cause de son origine, de sa religion, de son orientation sexuelle, de ses choix politiques, souvent de façon plus ou moins inconsciente et qui se soustrait ainsi à la loi. Pour lutter contre la discrimination, c’est d’abord en soi qu’il faut lutter. On a tous des façons de penser qui peuvent être excluantes et qui ne respectent pas les lois que nous sommes censés connaître. Pour lutter contre la discrimination, il est indispensable d’accepter le combat des idées, d’accepter de débattre, de changer peut-être de point de vue. Il est aussi nécessaire de connaître les lois nouvelles pour les appliquer au quotidien dans notre façon d’être. On a le droit de ne pas être d’accord et de vouloir faire changer une loi, mais on ne peut pas blesser l’autre – à cause de nos idées – quand il est dans son droit, car cela s’appelle de la discrimination.
À la semaine prochaine.
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Publié dans Education-jeunesse

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L
C'est très bien de remettre les points sur les i pour des usages abusifs du vocabulaire.<br /> Mais il me semble que la discrimination n'est pas en soit un acte de violation de loi.<br /> Ce qui semble important dans le vocable de discrimination, c'est l'acte de rejet de l'autre en raison d'une quelconque différence (d'origine, de physique, d'orientation sexuelle, de point de vue, etc.).<br /> Il me semble que si la loi légalisait tel ou tel rejet, elle n'en serait pas moins taxable de discriminante.<br /> Je ne dis pas cela seulement pour défendre une évolution de la législation dans un sens ou un autre, mais juste parce que les lois dans bien des pays sont ou ont été de cette nature abjecte.<br /> Je pense par exemple à l'aparteid en Afrique du Sud. N'était-ce pas de la discrimination raciale ? Et pourtant c'était parfaitement légal (au regard de la loi de ce pays à ce moment là). Certes, la loi allait à l'encontre des droits de l'homme.<br /> Et à l'heure actuelle encore et partout dans le monde, c'est plus en regard des droits de l'homme ou de principes "universels", me semble-t-il qu'on peut juger de la qualité discriminante d'un acte ou d'un texte (y compris un texte de loi).<br /> <br /> J'en arrive même à penser qu'il est dangereux de laisser penser que la discrimination ne se définie que par rapport à la loi. Même si j'aprouve une tentative de signaler un risque de dérive et de dévalorisation d'un terme aussi important que la discrimination.<br /> <br /> Si dans certains pays (y compris en France dans un passé sans doute trop ancien) certains ne se mettaient pas volontairement hors la loi, les discriminations légales ne tomberaient jamais ... Voire risqueraient de resurgir si telle ou telle proposition n'était pas rejetée en mettant en évidence la discrimination (légale) ainsi engendrée.
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