Spéculation quand tu nous tiens !
Chronique RCF du jeudi 16 mars 2006
Bonjour,
Personne n’en parle pas dans les informations, mais pourtant, depuis quelques jours, le prix du gazole, de l’essence et du fioul ont augmenté. Bien occupé par le CPE, aucun journaliste ne parle de ce que chacun de nous vivons au quotidien, l’augmentation de nos factures pour pouvoir se chauffer et se déplacer. Si le pétrole augmente, ce n’est pas parce qu’il manque, nous n’en sommes pas là. C’est simplement parce que des hommes font de la spéculation financière. Ils réfléchissent à l’avenir. Pensent qu’avec la crise de l’Iran, avec la guerre de l’Irak dont aucune issue stable ne se profile à l’horizon, avec la situation chaotique au Nigeria, l’approvisionnement en pétrole risque un jour d’être difficile.
En fait, ils n’en savent rien. La sortie d’une crise peut se faire. Mais ces spéculateurs s’imaginent que la situation va se bloquer, va empirer, et que nous risquons de manquer de pétrole. C’est ainsi que les prix augmentent. Eux sont derrière leurs fauteuils, les yeux rivés sur leurs écrans, coincés au téléphone. Ils lisent des analyses, suivent des conseils et font de la surenchère sur les barils de pétrole. Ce qui les guide, c’est la peur [de perdre] et le désir de gagner de l’argent. Le petit consommateur de base est bien loin de leurs préoccupations et de leurs critères de choix.
En quelques siècles, la spéculation est devenue une réalité bien matérielle. La spéculation n’était-elle pas l’apanage des philosophes dans l’antiquité ? Ces hommes réfléchissaient, non pas à des opérations financières mais au sens de la vie. Y a t-il des dieux, un Dieu, d’où vient la création, où va l’être humain après sa mort ? Sans parler de la vie, de l’amour ou de la haine, de la passion. La spéculation était donc cette action de réflexion sur le sens du monde, à un niveau philosophique, recherchant ce que l’être EST. Cette réflexion ne pouvait que faire grandir ceux qui pouvaient participer à ces débats, à ces formations.
Entre deux spéculations, celles des financiers et celles des philosophes, n’y aurait-il pas des liens à créer ? On a souvent l’impression de subir le monde, mais beaucoup de peurs sont créées par les hommes. On spécule sur le pétrole mais aussi sur l’immobilier, empêchant beaucoup de personnes d’accéder à ce droit fondamental du logement. On spécule sur la terre, elle est pourtant un cadeau pour tous les hommes. On spécule sur l’eau, elle est devenue source de richesse pour quelques-uns qui la commercialisent. On spécule sur tout sauf sur le monde qu’on veut construire ensemble. J’aimerais que ceux qui passent des heures devant un écran ou un journal pour étudier les cours de la Bourse prennent le temps équivalent pour penser la fraternité et le partage entre tous.
J’aimerais qu’on ne spécule pas seulement sur l’acquisition de biens, mais sur ce que chacun de nous peut investir pour créer des relations vraies, des échanges amicaux, des partages d’idées, des solidarités nouvelles. Je souhaite à chacun de bien spéculer mais sur le sens de son existence. Pour le reste, l’aspiration matérialiste risque toujours de reprendre le dessus un jour.
À la semaine prochaine.
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