En France quels débats ?

Publié le par Boyer Stephane

Chronique RCF du jeudi 23 mars 2006.
Bonjour,
Cette semaine les jeunes lycéens, BTS et étudiant à l’IUT ont défilé sous mes fenêtres. Ils continuent leur mouvement de protestation contre, non seulement le CPE mais aussi la loi pour l’égalité des chances. Peu de gens ont lu cette loi. Elle est très disparate, puisqu’elle parle des zones franches dans les quartiers urbains de plus de 8 500 habitants, de la suspension des allocations familiales quand un jeune ne va pas à l’école. Elle parle aussi de l’apprentissage à partir de 14 ans, de la création d’une agence nationale de l’égalité des chances, du renforcement des pouvoirs de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, du service volontaire civil, de la lutte contre les incivilités. Vous le voyez, c’est une loi qui comprend des domaines très divers.
Cette loi a été discutée entre parlementaires et votée avec 329 voix pour et 159 contre. Sur cet ensemble du texte le parlement a joué son rôle, de débat, d’amendement. Mais sur le CPE qui a été introduit dans la loi, ce n’est pas le cas, puisque le gouvernement a utilisé le 49.3 qui lui permet de ne pas débattre. C’est là, je crois, tout le mal de notre pays. Le manque de débat. Si l’assemblée nationale n’est plus le lieu des discussions et n’est plus qu’une chambre enregistreuse, autant fermer ce bâtiment public et licencier le personnel qui coûte cher au contribuable français.
À tous les niveaux de notre République, le manque de débat est criant. J’étais mardi matin à un colloque intéressant sur « la mémoire et l’inter-culturalité ». Le maire, le sous préfet étaient présents. Ils ont fait un petit discours d’ouverture et au bout de quinze minutes de parole du conférencier ils ont disparu, appelés à d’autres tâches. Le colloque devait pourtant aider les acteurs associatifs et les élus à réfléchir ensemble sur la question des migrations, des difficultés et des chances d’une société française qui est aujourd’hui multi culturelle. Comment voulez-vous que les associations fassent entendre leur voix ? Elles intéressent quand elles arrangent les politiques mais il n’y a pas de discussions sur le fond de ce qu’elles vivent et suscitent. Une fois encore pas de débat.
Dans la République, tous les citoyens doivent être traités à égalité. Le CPE ne respecte pas cette égalité. Un citoyen de 40 ans ne sera pas traité dans l’accès à l’emploi comme un citoyen de 20 ans qui commence son insertion professionnelle par un CPE. Plusieurs spécialistes du droit pensent que le Conseil d’État devrait casser le CPE à cause de ce traitement inégal des citoyens. Bien sûr, il faut chercher comment mieux insérer les jeunes mais pas en créant de l’inégalité. Pour le CPE, on parle beaucoup de l’accès au logement ou du licenciement sans motif. Mais que fera un patron quand il verra qu’un jeune s’inscrit au syndicat de son entreprise, qu’un jeune se propose comme délégué du personnel, pire qu’un jeune en CPE participe à un mouvement de grève dans l’entreprise ? Le CPE ne permet pas aux jeunes de s’insérer dans notre société correctement, dans toutes ses dimensions.
Notre République Française manque de courroies de transmission. Qui transmet des informations à nos responsables politiques : les renseignements généraux, des rapports administratifs, des sociétés d’audits qu’on paye très cher, et les conseillers techniques de nos gouvernants ? Où est la parole directe du citoyen ? De vrais changements de société ne se feront que lorsque le débat sera restauré entre les élus et les citoyens. C’est ensemble qu’il faut créer l’avenir et pas les uns contre les autres.
À la semaine prochaine.
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Publié dans Education-jeunesse

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G
j'apprécie vraiment cette chronique sur un sujet qui me touche dans ma vie de bénévole : stimuler le débat public et l'envie de dire ce qu'on pense ou bien laisser faire les politiques et les fonctionnaires dirigeant les services publics. Tu as raison de parler des lieux de débat mais il faudrait aussi parler de la motivation des citoyens à débattre. En dehors des manifs qui mobilisent pendant quelques semaines, quel pourcentage de gens s'expriment tout au long de l'année et sur plusieurs années de suite ? Alors que le pourcentage de ceux qui passent plus de 2 heures par jour devant la télé est énorme, ceux qui passent 2 heures par semaine pour participer verbalement et/ou activement à la vie de la société est de combien ? Je t'encourage à faire une chronique sur cette comparaison, si le coeur t'en dis.<br /> <br /> A notre dernier festival "étrange-étranger", on a eu environ 400 personnes sur nos arbres à palabres après une communication allant de l'agglomération à la région. Pas mal, mais le dimanche était plutôt calme... On aurait pu faire le double ! Dans les associations de parents d'élèves de Meythet sur 10 000 habitants on mobilise une vingtaine de parents sur un débat portant sur la discipline et le réglement intérieur... J'ai l'impression que les citoyens s'en foutent la plupart du temps,... on consomme tout, y compris les services publics, on rale quand on n'a plus de rond pour consommer, ... puis on essaie d'oublier devant la télé !!<br /> <br /> A+<br /> <br /> Gilles<br />
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